MON TRAVAIL - Mes choix, mes principes esthétiques...
Ma première peinture à l'huile remonte à mes quatorze ans, le tableau représentait une planète rocheuse travaillée dans une gamme de rouges et de noirs. Les tableaux qui ont suivi se sont inscrits dans cette même tendance déjà fantastique. Par après, quelques expériences plus abstraites ou expressionnistes n'ont fait que renforcer la conviction que ma véritable voie d'expression se situait dans la tradition de l'art fantastique, cet art dont les premières manifestations remontent à la peinture pariétale et qui depuis n'a cessé de rythmer la marche de l'humanité. N'en déplaise aux intégristes d'un certain art de notre époque pour qui tout ce qui semble rappeler le passé de près ou de loin est automatiquement rejeté avec dédain dans les poubelles contemporaines.
Pour l'onaniste neuronal qui ne trouve d'intérêt qu' à ce qu'il ne comprend pas ou à ce qui lui permet de slalomer sur ses circonvolutions cerébrales, tout ce qui lui paraît compréhensible lui semble trop connu, déjà vu, indigne d'aller plus loin. Montrez-lui un sac de déchets dégoulinant de graisse accroché en solitaire au plafond d'une galerie et vous le verrez s'arrêter, plonger dans ses références nietschéennes, s'abandonner à des soubresauts d'extase verbale. Et pourtant, voilà des décennies qu'on en installe des sacs dans les galeries! Nouveauté qui commence à prendre de l'âge...
Or voilà mon problème, j'ai le regard plus gourmand que la pensée. Quand mon il épouse les contours d'un objet, c'est comme si j'en pénétrais le mystère et l'unicité. J'éprouve un plaisir certain à laisser mon crayon parcourir les méandres d'une arabesque qui pulse au rythme de mes propres battements. J'ai besoin d'empoigner le monde où je me suis incarné pour y grapiller quelques lambeaux de réalité. M'incarner encore un peu plus dans le monde, le vrai, le solide. Pas celui des gadgets à distraction ou à reconnaissance sociale, non, le monde qui vibre, pas celui qui stresse, celui qui avance, pas celui qui s'agite, celui qui se construit, pas celui du vernis, des modes, celui de l'authenticité. Surtout ne pas quitter ce monde en l'ayant distraitement traversé ou ayant confondu la vie avec l'agitation fébrile! L'avaler goulûment, le digérer. Être cela.
Ma peinture adopte des accents de réalisme même si elle s'exerce dans les sphères de l'imaginaire. Ma technique est traditionnelle; mes réferences ont pour nom Breughel, Bosch, Goya, Dietrich, Daumier, Ernst... Mes sujets se déclinent en termes d'humour, de dérision, parce que je crois que se prendre au sérieux, ce n'est pas très sérieux et que rire peut être extrêmement sérieux, en tout cas salutaire. Et je m'amuse beaucoup en faisant très sérieusement mon travail, avec toutes les exigences dont je me sens capable. Et tant pis si un regard distrait ou conditionné à ne voir que lui-même, un fondamentaliste de la révélation artistique, ne trouve ici que matière à rejet, expression superficielle, inadaptée... Celui-là, je le laisse à sa vérité et à ses certitudes et je retourne à mes pinceaux, à ces compagnons de route qui balisent mon chemin et l'ensoleillent de leurs chants colorés.
De 2003 à 2005, j'ai risqué une petite incursion dans les territoires du fantastique et de l'"heroïc fantasy", du côté des royaumes de Féerie. J'ai exploré ces régions sans limites où l'imaginaire accueille avec bienveillance les émanations de l'âme. J'y ai rencontré quelques héros de Tolkien, jusqu'à ce que le cinéma s'en empare et fige définivement le rêve du spectateur. J'ai dialogué avec Puck, Titania...sortis du Songe d'une Nuit d'Été de Shakespeare. Mais le plus souvent, j'y ai croisé la route de personnages de chair auxquels je fournis les accoutrements nécessaires à la fréquentation de ces lieux. Et s'ils présentent une quelconque ressemblance avec des personnages connus, ce n'est pas un hasard ! Puis j'ai quelque peu délaissé ces royaumes au profit d'un voyage plus intérieur, laissant les images fuser des profondeurs ainsi que le ferait un songe. Libre et signifiant.
MON IMAGINAIRE.
J'ai
souvent entendu émettre l'idée que le fantastique commencerait
là où finit le réel, comme s'il s'agissait de deux univers
différents, parallèles, sans connexions possibles. Je ne suis
pas en accord avec cette opinion. Pour moi le fantastique décrit le réel,
mais pas de manière extérieure comme le ferait le réalisme,
mais au contraire, en pénétrant dans l'intimité de l'objet,
en allant y extraire des relations inaccessibles au seul regard, ce sens bien
imparfait et facile à tromper. Le fantastique m'apparaît donc comme
étant une transcription métaphorique de la réalité,
un moyen d'en révéler les aspects cachés. C'est pour cela
qu'il semble énigmatique, mystérieux, Mais ce mystère est
celui-là même qui se tapit au creux de chaque être et de
chaque chose. L'art fantastique rappelle que rien n'est banal, conventionnel
et s'il déroute, c'est parce que le regard a banalisé notre approche
du monde, a étouffé nos capacités d'étonnement.
Or tout au fond de nous, nous nourrissons cette certitude que ce que nous percevons
n'est qu'une bribe du réel. Est-ce étonnant si dans nos sociétés
qui se croient réalistes, pragmatiques... cette part étouffée
de nous-même revendique la reconnaissance de son identité et l'exercice
de sa liberté? Les succès remportés par tous ces films,
ces livres, ces BD... tournant autour de thèmes fantastiques et quelle
qu'en soit la qualité, signifient-ils autre chose?
Il n'y a pas de clefs préfabriquées pour entrer dans ces univers,
mais chacun possède son propre passe-partout. Il nous a été
confié dès notre prime enfance par je ne sais quelle bonne fée.
Chacun peut rester à l'extérieur des oeuvres fantastiques, mais
si l'on veut franchir la surface du miroir pour aller grapiller quelques parts
de mystère et les ramener de ces mondes merveilleux, il faut retrouver
les malles de notre enfance, les fouiller pour y découvrir la clef d'or
qui ouvre les portes de ces royaumes cachés dans nos profondeurs, ces
lieux les plus difficiles à atteindre.