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La
Voie royale. Un esprit berné par les mensonges publicitaires
et bercé d'illusions par une éducation d'enfant
tyran, s'abandonne volontiers à la rêver large et
rectiligne, pavée de marbre et rythmée d'arbres
solennels; elle conduirait à la réalisation dorée
d'ambitions compensatoires les plus orgueilleuses et les plus
dérisoires. En contradiction avec la réalité
de la vie, elle nous mènerait sans heurts jusqu'à
un cocon de Cocagne où les êtres et les choses subiraient
docilement la force d'attraction de nos moindres désirs.
Par bonheur, comme toutes les pentes les plus douces, cette voie
qui mène vers le bas traverse le pays d'Utopie, ce qui
ne nous empêche pas de perdre souvent du temps quand ce
n'est une vie entière à la chercher désespérément.
Espoir vain de retour au paradis perdu, sans les efforts pour
le conquérir.
La
Voie royale n'est rien de tout cela. Son parcours est rythmé
de vigilance aiguë, de défis et d'embûches.
La
royauté ne s'acquiert pas dans la satisfaction de caprices
égotistes dont la poursuite ne rend pas roi mais esclave.
Elle exige la marche en avant, une attention permanente, bon sens
et lucidité vis-à-vis de soi-même, référence
à son intériorité la plus profonde, là
où se cache le noyau de la royauté enchâssé
sous des couches épaisses d'égo blessé.
Bien
sûr on ne marche pas seul. Quelques rares compagnons de
route ont emprunté la même voie. Certains nous ont
devancés, d'autres ont emboîté nos pas. Tous,
ils ont quitté les routes balisées pour tracer leur
propre chemin, "le chemin le moins fréquenté".
Tous, ils avancent attirés irrésistiblement par
la vision de l'Homme qu'il reste à accomplir, confiants
dans leurs propres ressources et dans la grandeur de leur but.
L'
étape présentée ici n'est pas encore l'aboutissement
du voyage - y arriverons-nous d'ailleurs jamais? - ces trois compagnons
sortent d'une phase de "maturation" symbolisée
par le passage dans la terre-mère tandis qu'un sanctuaire
attend les pèlerins comme une étape avant d'aller
encore plus loin, peut-être vers cette lumière que
l'on devine dans les lointains.
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