Saarburg
(à ne pas confondre avec Saarbruck) est une petite
ville allemande située à quelques kilomètres
au sud de Trêves. Je l'ai découverte il y a peu,
fort impressionné par cette faille qui coupe la ville
en deux et où s'engouffre une cascade astucieusement
exploitée depuis le dix-huitième siècle
grâce à des moulins équipés de
roues à aubes.
Le tableau n'est évidemment pas une reproduction documentaire,
un paysage réaliste, ni même surréaliste.
Il s'agit plutôt d'une interprétation fantastique
où la vue laisse la place à la vision, où
la perception directe du paysage cède le pas à
la distance qu'implique le souvenir, celui qui filtre l'inutile
pour ne retenir que l'empreinte de l'essentiel. C'est la vue
avec les yeux fermés, le ressenti libéré
de l'image, l'écho sans la voix qui l' a engendré.
Comme dans la plupart de mes tableaux.
Le
personnage s'y ajoute, décide d'habiter le lieu une
fois la mise en place du paysage pour ainsi dire achevée;
il l'imprègne de sa présence et donne un sens
à l'ensemble. Le contemplatif est évidemment
le personnage de gauche, le voyageur qui a déposé
son balluchon et son bâton pour marquer un temps d'arrêt,
s'imprégner et s'enrichir d'un lieu qui "incite
à la verticalité". Les autres n'ont pas
le temps. Ils s'activent à diverses tâches utiles,
fonctionnnent exclusivement dans l'horizontalité. L'un
porte un fagot, l'autre un sac de blé; une vieille,
les pieds dans l'eau est sans doute en quête de nourriture.
Sur les rochers de gauche (en très petit), des escaladeurs
cherchent des sensations extrêmes sans lesquelles leur
existence manquerait de ressort. Vision très contemporaine
dans une approche très traditionnelle.
Et
chacun a la liberté de trouver ici bien d'autres contenus,
d'y apporter son interprétation et toutes ses nuances
personnelles.