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Petite toile pamphlétaire. Portrait imaginaire mais réel.
Dans les milieux artistiques, téâtraux, littéraires,
les problèmes liés à l'ego et à
sa reconnaissance ne sont pas moins nombreux qu'ailleurs. Peut-être
même en rencontre-t-on davantage. Ce qui serait explicable
par le fait que l'artiste pose un acte "public", social.
Il s'exprime, pour le plus grand nombre. Et celui qui s'exprime,
en toute bonne logique peut espérer trouver un interlocuteur
au bout de son discours. Comme il y met parfois tout son être,
son attente est proportionnelle à son investissement.
Mais s'il y a un besoin normal et légitime d'être
reconnu par l'autre, il existe également des appels dont
l'insistance et la grandiloquence frisent le stade pathologique.
J'ai
été fort surpris de découvrir un jour,
écrit en grand sur une pancarte qui occupait toute la
longueur d'un bus-atelier : " X, champion du monde d'art
pictural". Le "modeste" paysagiste s'était
auto-couronné, affublé d'un titre créé
de toutes pièces par lui-même et pour lui-même,
confondant allègrement le sport et la pratique de la
peinture. Ce qui m'a le plus étonné, c'est qu'aucun
visiteur n'affichait le moindre sourire.
Chaque
région connaît ses gloires locales honorées
sans réserve par une population crédule dont les
connaissances esthétiques ne dépassent guère
les frontières de la ville ou de la province. La plupart
des salons bourgeois sont "décorés"
par les oeuvres du "Maître" du coin. Lequel
développe plus ou moins adroitement, plus ou moins honnêtement,
une énergie considérable pour faire croire qu'il
est un"grand artiste" si ce n'est un génie.
J'en ai vu qui s'inventent des reconnaissances planétaires.
Exposés dans les musées les plus prestigieux du
monde. Mais écrivez leur nom dans le moteur de recherche
dudit musée, faut-il s'en étonner, le mot "unknown"
fait aussitôt son apparition. Inconnu. S'inventer des
critiques éminemment élogieuses fait également
partie des stratégies de l'artiste en mal de reconnaissance.
Le texte est attribué à la plume d'un illustre
inconnu, critique d'art, galeriste, professeur d'université...
Dont le nom n'est trouvé par aucun moteur de recherche
de galeries, universités... Le texte emphatique n'épargne
aucun éloge: Maître de l'art figuratif, le miracle
de ces cinquante dernières années, cote en hausse
vertigineuse... Médailles, diplômes, coupes s'accumulent
sur les étagères de l'orgueil et de la vanité.
Vanitas vanitatum...
Mon
"Maître" pose fièrement devant ses oeuvres
et arbore une "palette d'or" dûment méritée,
gagnée à la "brocante de Fays-les-Oies".
Le tableau est peint sur une toile chinoise dont le châssis
est épais de 35 mm. Sur le pourtour, invisible ici, quelques
signes complètent le sujet: coupe, médaille, décoration.
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