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- L'équilibre.
Dans
une oeuvre plastique, la notion d'équilibre présente
des similitudes avec l'expérience que nous en avons dans
la vie quotidienne régie par les lois rudimentaires de
la physique newtonienne, mais, comme l'art est un domaine beaucoup
plus subtil puisqu'il relève de la sensibilité,
ses applications en seront elles aussi beaucoup plus subtiles.
Il ne s'agira donc évidemment pas de calculer les "poids"
des éléments plastiques qui se contrebalancent.
D'une
manière générale, nous pouvons considérer
que l'équilibre dans une composition obéira à
une répartition gauche/droite des divers constituants plastiques:
masses, couleurs, formes... Celle-ci se fera avec la présence
ou non, d'éléments repères, en quelque sorte
le fléau de la balance à deux plateaux. Celui-ci
pourra être une ou plusieurs formes évoluant dans
une large zone centrale, mais aussi un espace "vide".
Dans le petit paysage ci-dessus, la forme repère est la
petite île avec la masse nuageuse qui la surplombe.
Notons
d'emblée que ce sont des éléments de même
nature qui s'équilibreront. Une masse équilibrera
une autre masse, une couleur chaude équilibrera une autre
couleur couleur chaude, un plein équilibrera un plein...
Tandis qu'un vide par exemple, n'équilibrera pas un plein,
qu'une couleur chaude n'équilibrera pas une couleur froide,
etc.
Depuis
notre enfance, nous connaissons cette question: qu'est-ce qui
est le plus lourd, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Et
nous avons aussi compris que les deux sont d'un poids égal,
mais que leur volume variera considérabement puisque leurs
densités sont sans commune mesure. Nous soulèverons
sans difficulté un seau de plumes alors que nous ne parviendrons
sans doute pas à soulever le même seau rempli de
plomb.
Pour revenir à la composition, il en va un peu de même
en ce qui concerne la répartition des masses. Si nous considérons
l'exemple ci-dessous, nous constatons qu'un cercle clair est ressenti
comme étant plus léger qu'un cercle foncé
(figure de gauche) qui lui, semble plus pesant. Pour que le cercle
clair semble "peser le même poids" que le cercle
foncé, il sera nécessaire de lui conférer
une dimension plus importante (figure de
droite) ou éventuellement, de multipier le nombre de petites
surfaces claires.
Cette
caractéristique concerne d'autres éléments
plastiques comme par exemple les aspects de température
des couleurs. Si nous considérons les exemples ci-dessous,
nous pouvons constater qu'une couleur froide, ici le bleu, semble
plus "léger" qu'une couleur chaude, ici l'orangé,
simplement parce qu'une couleur froide est plus discrète
(introvertie) et qu'une couleur chaude attire et retient davantage
le regard (extravertie). Aussi, pour que la masse froide équilibre
la masse chaude, il sera nécessaire d'augmenter la taille
de la surface peinte avec la couleur froide. Mais on pourra tout
aussi bien multiplier le nombre de surfaces froides pour équilibrer
la masse chaude.
Il
a été question ici d'un équilibre basé
sur une forme d'égalité dans la répartition
des masses, or dans une composition, l'égalité n'est
pas toujours nécessaire, ce principe n'est pas absolu,
des différences auront au contraire pour effet de créer
un certain dynamisme, sans qu'il y ait pour autant une impression
de déséquilibre.
L'équilibre le plus simple à réaliser est
celui qui est basé sur la symétrie, qu'elle soit
absolue par rapport à un axe central ( effet miroir )ou
relative, c'est-à-dire plus libre. Dans une symétrie
absolue, les masses sont égales et réparties de
part et d'autre d'un axe vertical. Dans une symétrie relative,
les masses sont réparties en proportions ou dispositions
variables, exemple ci-dessous avec ce tableau de Uccello.

Les
valeurs claires, presque blanches des deux chevaux de gauche et
de droite s'équilibrent réciproquement, de même
que les couleurs chaudes des deux chevaux orangés et les
gris neutres de ceux qui sont couchés au sol. Les éléments
linéaires formés par les lances se répondent
de gauche à droite. Dans la moitié supérieure,
de petites masses à droite équilibrent celles de
gauche. Tout cela est réparti autour d'un repère
( le fléau de la balance ) formé par le grand cheval
clair légèrement décalé par rapport
au centre. Nous sommes encore ici dans le cas de figure d'une
symétrie relative qui prend peu de distance avec la symétrie
absolue. De nombreuses grandes compositions sont basées
sur ce principe.
A
côté de cette formule, quantité d'autres possibilités
existent, exemple le célèbre tableau de Hopper ci-dessous.
L'intérêt visuel est nettement déporté
vers la droite, là où se trouvent les personnages
et la lumière la plus contrastée par rapport aux
valeurs sombres dominantes. Il y avait donc risque de déséquilibre,
mais des lumières plus discrètes au sol et dans
le mur rouge suffisent à contrebalancer les valeurs claires
situées à droite sans pour autant détourner
le regard du spectateur. De même, quelques détails
dans l'architecture et sur la route permettent de contrebalancer
les détails localisés dans la moitié droite.
La tache rouge du comptoir est contrebalancée par le rouge
brunâtre du mur à gauche. S'il n'y avait eu ces éléments
savamment dosés répondant à la volonté
de traduire plastiquement le sujet ( impression d'isolement ),
la composition était entraînée dans un déséquilibre
certain.

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