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2 - LA COULEUR.

Le mot couleur contient les aspects de ton, température, valeur, saturation.

 

Une confusion peut surgir dès qu'on parle de la couleur. Il y a le point de vue du peintre et celui du physicien.

Pour le physicien, la lumière blanche du soleil contient toutes les couleurs comprises dans le "spectre" lumineux à savoir sept nuances. Si on additionne ces sept couleurs, on retrouve le blanc.

Pour le chimiste, mais aussi pour le peintre, un mélange de ces sept tons ne donnera pas du blanc, mais un sale brun noirâtre. La raison en est que le physicien manipule des photons donc des ondes, le peintre des pigments chimiques et ceci fait toute la différence.

Nous connaissons tous le phénomène de l'arc en ciel. Les gouttelettes d'eau en suspension dans l'atmosphère "divisent" la lumière blanche du soleil en ses composantes fondamentales, c'est-à-dire en sept nuances qui vont du rouge au violet, avec de part et d'autre l'infrarouge et l'ultraviolet, non visibles. En laboratoire, un prisme de verre frappé par un rayon de lumière blanche effectue la même opération. Nous avons peut-être pu observer le phénomène aussi chez nous ou chez les amis quand nous avons le bonheur d'être invités et que le pied d'une coupe d'un excellent champagne est frappé par un rayon de lumière, faisant apparaître des couleurs sur la nappe blanche.

Ajoutons que le physicien qui superpose des couleurs applique un mélange "par addition" des caractères de chaque ton, tandis que le peintre, procède "par soustraction", chaque couleur enlève à l'autre de son pouvoir coloré. Ce point ne sera pas développé ici car il intéresse peu le praticien des arts, je le mentionne simplement pour clarifier une confusion que certains livres qui traitent des couleurs entretiennent parfois par un flou peu artistique...

 

 

Pour illustrer cet aspect des mélanges optiques dépendant des lois de la physique, l'animation ci-dessous est explicite. Lorsque les cercles colorés se superposent, les couleurs qui apparaissent ne sont pas celles qui résulteraient d'un mélange fait avec des pigments chimiques. Lorsque les trois tons de base se recouvrent, la résultante est le blanc.
De même, en suivant l'animation, on peut par exemple constater que vert + rouge = jaune, ce qui est encore bien différent des mélanges chimiques ou vert + rouge = brun.

 

 

 

 

 

Pour le peintre le mot couleur sous-entend des notions qui le précisent, ce sont les tons, les valeurs, les températures, les saturations, concepts dont il est très important de prendre conscience si on veut conduire intelligemment et avec sensibilité son travail de peinture et maîtriser ses harmonies.
Notons toutefois que le vocabulaire n'est pas toujours précis dans ce domaine et qu'il peut présenter de légères variations d'un auteur à l'autre. Tenons-nous en aux sens le plus communément utilisés.

 

- La couleur, le ton.
Ton et couleurs sont parfois considérés comme synonymes, parfois pas. Certains auteurs associent "tons" à "valeurs" au risque de créer des confusions de sens (voir plus loin). J'utilise ici la notion de ton comme précisant le mot couleur. Exemple de couleur: rouge; exemple de ton, vermillon, cadmium, carmin, laque de garance...

Il existe toutes sortes de modèles illustrant le cercle chromatique, plus ou moins simples, plus ou moins faciles à comprendre. Celui qui figure ci-dessous est simplifié pour illustrer les principes essentiels qui régissent les notions de couleur.
Ci-dessous, chaque couleur est entourée de deux couleurs voisines. Aussi chacune pourra s'orienter davantage vers l'une ou vers l'autre.
Si nous regardons ce cercle, nous voyons par exemple que le bleu avoisine le vert situé à sa gauche et le violet placé à sa droite. La couleur bleue pourra, tout en restant bleue, se rapprocher davantage du vert OU du violet, par nature ou par mélange. Ces nuances peuvent être considérées comme des tons de bleu, autrement dit, des nuances de bleus. C'est pourquoi dans le cercle ci-dessous, chaque couleur est représentée par deux tons, mais il est évident que les nuances d'un ton sont quasi illimitées, il est indispensable, si on veut maîtriser le travail de la couleur et des harmonies, de bien situer la direction que prend telle ou telle nuance.

couleurs

 

Tons primaires, tons secondaires.

Le peintre aura facilement remarqué que les cercles de couleurs contenaient trois tons primaires tandis que les carrés figurent trois tons secondaires, mais pour ceux qui ne le savent pas encore, les tons primaires sont ceux qu'on ne peut obtenir que si on dispose des tubes ou godets contenant cette couleur et donc qu'on ne peut les créer par mélanges d'autres couleurs. Si on ne dispose pas de jaune citron, on aura beau mélanger tous les tons possibles, on n'obtiendra jamais de jaune citron.
Les couleurs primaires sont le bleu, le jaune et le rouge.

Les tons secondaires par contre peuvent être réalisés par mélange de deux tons primaires. Mais un vert obtenu par mélange sera moins vif qu'un vert acheté en pigment pur.

Il est à noter que pour obtenir un ton secondaire pur, lumineux, il est préférable de mélanger les deux tons primaires qui sont ses voisins. Par contre, si on souhaite réaliser une couleur plus "sourde", il faudra plutôt mélanger les tons primaires qui s'en écartent. Tout est question d'intention!
Par exemple, si on veut créer un violet lumineux, il vaut mieux partir de l'outremer et du carmin que du prusse et du cadmium ou du vermillon, car l'outremer et le carmin ont une direction tonale, un penchant qui les rapproche du violet, tandis que le prusse est plus orienté vers le vert, le vermillon vers l'orangé, c'est-à-dire qu'ils s'écartent tous deux du violet. Il suffit de tenter l'expérience pour s'en convaincre.

Si on fait tourner la petite aiguille située au centre du cercle chromatique, on se rend compte qu'elle désignera toujours un ton primaire et un ton secondaire, ici le bleu vert, ton primaire, et l'orangé rouge, ton secondaire. Ces deux tons sont les plus opposés dans le cercle chromatique, on les appelle complémentaires. Dans une harmonie, ils présentent le contraste le plus "sonore".

 

Les complémentaires sont toujours composées d'un ton primaire et d'un ton secondaire

 


Si on fait tourner la petite aiguille, elle pointera toujours vers deux tons complémentaires.
Les complémentaires présentent les contrastes les plus francs parce que un ton secondaire contient deux primaires mais pas la troisième qui lui fait face. Par exemple, l'orangé secondaire est formé par du rouge et du jaune primaires, mais ne contient pas de bleu.

 



ASTUCE: pour savoir quelle est la complémentaire d'un ton, prendre trois crayons ou trois tubes de couleurs primaires: rouge, bleu, jaune. Isoler un crayon, par exemple ici, le rouge, sa complémentaire est formée par le mélange des deux autres tons à savoir ici, le bleu et le jaune qui donnent du vert. Le vert, ton secondaire est donc la complémentaire du rouge, ton primaire.

 

Nous verrons plus loin l'importance et les incidences de tout ceci dans la création des harmonies.

Note: il peut sembler étrange que la gamme des bruns ne figure pas dans le cercle chromatique, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas de brun dans la lumière blanche. L'arc en ciel ne contient pas de brun. Les couleurs du spectre solaire sont les couleurs du ciel, les bruns sont les couleurs de la terre: terre de Sienne, terre d'ombre, terre de Cassel, terre de Toscane...

Les Impressionnistes purs et durs qui visaient à traduire les fluctuations de la lumière solaire n'ont pas employé de bruns, mais seulement les tons contenus dans cette lumière solaire.

Remarquez également que nombre de peintres baroques ont respecté cette caractéristique dans leurs grandes compositions à thèmes religieux, en peignant le registre terrestre dans une gamme de bruns tandis que le registre céleste l'était avec les tons contenus dans la lumière blanche.


 

- Les températures.

Cette notion est facile à comprendre, une couleur peut être chaude ou froide. On considère comme chaudes les couleurs qui évoquent le feu, le soleil, la chaleur... et comme froides, celles qui font penser à la glace.
Les couleurs chaudes évoluent autour de l'orangé et du rouge vermillon, les froides autour du bleu.
Il faut remarquer que cette notion n'est pas absolue, mais relative, c'est-à-dire qu'un ton peut être plus chaud ou plus froid que... Par exemple, le jaune citron est plus chaud que le vert jaune qui contient déjà du bleu, mais plus froid que le jaune orangé.
Les tons chauds sont plus rayonnants, dynamiques ou joyeux, les froids plus centripèdes, statiques ou nostalgiques. Chaque modification du ton nuancera l'expression qui s'en dégagera. Il est évidemment fondamental que le peintre ressente clairement ceci pour que sa peinture soit en accord avec ce qu'il veut exprimer.




Ces deux tableaux de Paul Klee illustrent clairement les énormes différences de climat entre un tableau peint avec une dominante de tons chauds et l'autre avec des tons froids. Le tableau de gauche est évidemment plus "chaleureux" et rayonnant que celui de droite tandis que celui de droite dégage un climat plus froid, mais aussi plus mystérieux.
Des tests réalisés sur de nombreux témoins ont mis en évidence le fait que la sensation de froid apparaît plus tôt dans une pièce peinte en bleu que si elle a été peinte en orangé. Ce qui démontre que les couleurs ont une influence qui passe par les yeux pour atteindre le cerveau et se répandre dans tout le corps.




- Les valeurs.
Ce terme n'a rien à voir avec les valeurs marchandes, ni avec celles qui n'attendent pas le nombre des années. Dans le vocabulaire plastique, valeur signifie degré de clarté ou d'assombrissement que peut adopter un ton
. Un bleu par exemple, peut être clair ou foncé, on dira que sa valeur est claire ou foncée.
Certains auteur parlent aussi de "tonalité", au risque d'établir une confusion avec le mot "ton" qui est la plupart du temps associé à couleur; on dit par exemple "ton chaud" ou "ton froid", ce qui désigne une famille de couleurs. Ceux qui emploient le mot "ton" dans le sens de valeur devraient penser que dire valeur chaude ou valeur froide n'a pas de sens.

Une photo noir et blanc ne restitue que les valeurs des objets, devant elle il est impossible de deviner la couleur du chemisier de tante Emma ou de la cravate d'oncle Séraphin.

La valeur la plus claire est le blanc, la plus foncée est le noir, entre les deux s'étend toute la palette des gris.

Les deux exemples ci-dessous montrent une reproduction d'un tableau de Matisse, à gauche avec ses seules valeurs, à droite avec toute la richesse de ses coloris.



Réjouissons-nous d'avoir des "cônes" dans notre rétine et pas seulement des "bâtonnets" comme les poules ou les lapins qui pour cette raison ne perçoivent que les valeurs des objets. Pour le lapin, la carotte apparaît en un gris moyen peu appétissant, par bonheur, son odorat compense bien les imperfections de sa vue.

Cet aspect valeurs est souvent négligé par le peintre débutant tout préoccupé par ses couleurs, pourtant sans ces contrastes, le tableau risque d'être fade, sans relief et mal structuré.

 

Pour bien voir la structure d'un tableau par les valeurs, l'astuce consiste à cligner (ne pas clignoter!) légèrement les yeux, les détails s'en trouvent atténués et la distribution des valeurs apparaît de manière plus synthétique. Un réflexe important à acquérir pour le peintre et pour l'amateur de peinture.

 

Note: la gamme des valeurs n'est pas de la même étendue pour chaque couleur, un jaune par exemple est déjà proche du blanc, il trouvera peu de possibilités d'éclaircissement. D'autre part, si on souhaite l'assombrir, il virera rapidement vers l'orangé ou le vert selon le ton sombre utilisé pour cela. (Voir plus loin la question des mélanges)

Le bleu et le vert sont les couleurs qui présentent la gamme la plus étendue de valeurs, ils peuvent en effet être clairs ou très foncés sans que leur caractéristique tonale soit altérée. Le rouge virera vite vers le rose si on tente de l'éclaircir avec du blanc, surtout s'il tend vers le carmin ou la laque de garance, moins s'il est vermillon ou rouge de cadmium. L'astuce consiste à ajouter un peu de jaune ou d'orangé pour qu'il conserve un peu de sa propre direction tonale.

 

 

- Les saturations (vivacité).
Une notion fondamentale indispensable à un travail lucide et contrôlé des mélanges de couleurs.
Saturation signifie aussi degré de pureté d'un ton, certains disent vivacité, un mot qui risque de créer une certaine confusion du fait qu'un rouge pur semblera plus vif qu'un violet pur, or ces deux tons, puisqu'ils sont purs, se trouvent tous deux au maximum de leur pouvoir coloré, de leur propre saturation. Il n'y aura pas de violet plus pur que celui qui sort du tube de couleur.
Le ton qui sort du tube est donc le plus saturé de son espèce, qu'il soit rouge, jaune, vert, bleu, brun... On ne peut donc pas dire que le rouge est plus saturé que le bleu ou le violet car dans le tube, ils sont tous également saturés.

Un ton pur est considéré comme la saturation maximale, le gris coloré et à plus forte raison le gris neutre représente la saturation minimum.
Le tableau ci-dessous donne un exemple des différents degrés de saturation, c'est-à-dire des possibilités pour réaliser des mélanges de couleur.


Passons en revue les différents degrés de saturation en suivant l'ordre décroissant de l'illustration ci-dessus.

1- Le rouge est pur. C'est un cadmium étalé tel qu'il sort du tube de couleur. Il est au maximum de son pouvoir coloré. Un tableau réalisé uniquement à partir de tons purs risque fort d'être criard et vulgaire, manquer de personnalité puisque la couleur n'a pas été créée par l'artiste mais par le fabricant.

2 - Ici le rouge a été mélangé avec des tons proches de lui, en l'occurence de la laque de garance brunâtre et un peu de rose. Le mélange lui a fait perdre un peu de sa saturation, mais il reste encore très coloré. Il est déjà plus subtil que le rouge pur. Ce ton est considéré comme un rouge modulé.

3 - Au mélange précédent réalisé à partir de trois nuances de rouge, une pointe de vert et une autre d'ocre ont été ajoutées. Le vert est la complémentaire du rouge. Lorsqu'on ajoute à une couleur une pointe d'un ton opposé, elle perd encore un peu plus de sa saturation et devient un ton rompu.
Le résultat gagne en subtilité. Ce degré de saturation est sans doute celui qui a été le plus utilisé par les peintres depuis la Renaissance.

4 - Le rouge cadmium a été mélangé à du noir. Il vire vers une belle tonalité brunâtre. Le noir mélangé à une autre couleur fait apparaître un ton cassé. Ce type de mélange confère beaucoup d'austérité au ton de base.

5 - Le rouge a été mélangé à beaucoup de blanc. Non seulement il est éclairci, mais il a perdu beaucoup de son pouvoir coloré. Il en est devenu pastel ou affadi. Réaliser une composiioon sur base de ce degré de saturation entraîne le risque de créer une composition fade, aux tons crayeux et sans relief. Créer une harmonie de blancs, c'est-à-dire de tons affadis, demande une sensibilité très fine et une bonne expérience de la peinture.

6 - Le rouge a été mélangé à du gris, c'est-à-dire à du blanc + du noir. Le rouge est devenu un gris coloré, mélangé au gris il a perdu beaucoup de saturation, il est devenu beaucoup plus discret et plus subtil. Nous verrons plus loin que les gris colorés sont fort utiles dans la création d'une harmonie.
Rappelons qu'il est possible de réaliser de très beaux gris colorés en mélangeant en proportions presqu'égales les trois tons primaires, rouge, jaune, bleu. Lorsque ces trois tons se retrouvent en proportions vraiment égales, le résultat devient sale. Il suffit alors d'ajouter quelques pointes de l'un ou l'autre des trois tons pour revenir à une subtile nuance de gris que l'on appelle aussi parfois "gris souris".

7 - Le gris qui apparaît ici est, avec le noir et le blanc la saturation de degré 0. C'est le gris neutre. Il est très peu utilisé en tant que tel dans les tableaux qui ont précédé le XXe siècle, au profit du gris coloré souvent considéré comme "neutre" dans une harmonie par comparaison avec les autres tons plus saturés.

Le noir et le blanc sont parfois appelés "non-couleurs", le noir parce que d'un point de vue optique n'en contient aucune, c'est l'absence de couleur, le blanc, parce qu'il les contient toutes.

Une harmonie peut être entièrement composée à partir d'un seul type de mélange, c'est-à-dire sur base de la même saturation, mais elle sera généralement plus riche lorsqu'on fera appel à plusieurs types de saturation.

 

- Synthèse, le climat coloré


Pour résumer, du jeu des couleurs, des températures, des valeurs et des saturations dépendra tout le climat coloré qui donnera son atmosphère et son harmonie au tableau, c'est dire l'importance que prend la connaissance et la maîtrise de ces composants esthétiques.
Chaque nuance dans le choix de l'un ou de l'autre élément modifiera légèrement ou de manière substancielle tout le climat de la composition. C'est pourquoi il est très important, à l'un ou l'autre moment du travail, de clairement prendre conscience de ce que l'on veut exprimer et d'ensuite soumettre les éléments physiques parcourus ci-dessus à cette volonté. Le fruit en sera une oeuvre empreinte d'une grande cohésion. Fruit succulent s'il en est, mais qui à l'inverse de la pomme goulûment déglutie par Adam, nous ramènera jusqu'aux portes de l'E
den.



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© Théorie et pratique de la couleur dans le Louvre de Michel Barthélemy