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Le
dessin d'observation n'est qu'une des multiples possiblités
d'envisager le dessin, à assimiler à la figuration
réaliste ou hyperréaliste en peinture. D'autres
approches du dessin peuvent être comparées à
d'autres courants de la de peinture: l'abstraction, l'expressionnisme,
le cubisme, le surréalisme, le pop'art, l'op'art, la peinture
naïve, etc.
Cette
approche fascine parce qu'elle donne le sentiment de maîtriser
les formes de la nature, d'exercer un pouvoir sur elle. Mais elle
décourage également le profane accroché à
la conviction "qu'il ne sait pas dessiner", or, s'il
ne sait pas dessiner, c'est essentiellement et d'abord parce qu'il
ne sait pas VOIR, enregistrer consciemment et fidèlement
ce qu'il a sous les yeux. L'apprentissage du dessin d'observation
commence donc par une éducation du regard. Le secret du
dessin d'observation ne réside pas dans la main mais dans
l'oeil, et en amont dans le cerveau qui en gère les fonctions.
Tout
quiconque possède assez d'intelligence pour comprendre
ce que voir signifie, et qui est disposé à pratiquer
les exercices qu'on lui renseigne, est capable après un
certain temps, parfois très court, de dessiner sans maladresses
n'importe quel sujet.
J'ai
déjà mentionné dans ces pages l'excellent
ouvrage de Betty Edwards "Dessiner grâce au cerveau
droit" (éd. Mardaga), je ne saurais trop recommander
sa méthode à toutes celles et ceux qui souhaitent
maîtriser le dessin d'observation, de préférence
sous la guidance d'un authentique artiste du réalisme qui
attirera l'attention vers les modes non assimilés et corrigera
les erreurs de perception.
Betty
Edwards part du principe que nos deux lobes cérébraux
n'exercent pas les mêmes fonctions, le lobe gauche est plus
spécialisé dans la parole, la lecture, la logique,
l'analyse, la représentation schématique, etc. Le
droit serait plus sensible à la poésie, au sens
des mots, il serait plus intuitif, contemplatif, analogique, plus
spacial, etc. Si cette modélisation présente une
description quelque peu simpliste, il n'en demeure pas moins que
des centres différents du cerveau assument des fonctions
différentes et que les centres qui perçoivent objectivement
la réalité ne sont pas les mêmes que ceux
qui filtrent les perceptions à travers des schémas
simplifiés et préprogrammés. La différence
est celle qui existe entre l'objet réel et le mot pour
le désigner, par exemple le mot "table" qui suffit
à donner un concept de l'objet, mais pas à me renseigner
sur le design de telle table particulière.
Le
petit test ci-dessous démontrera aisément le conflit
qui peut exister entre l'objet que nous percevons et les mots
pour le traduire, autrement dit entre le cerveau gauche et le
cerveau droit. Il s'agit ici de nommer la couleur qui est celle
du mot qu'on est en train de parcourir du regard. Et observez
la gêne ou l'hésitation que vous ressentez.

Vous
avez pu remarquer vos difficultés et éventuellement
vos confusions entre le mot et la couleur pour l'écrire,
ce qui démontre que les centres de perception de la couleur
ne sont pas ceux de la lecture. En ce qui concerne le dessin d'observation,
il faut se servir des centres appropriés à l'exercice,
ce qui en général n'a pas été enseigné.
A supposer qu'à chacune et chacun on ait accordé
au dessin le même temps d'apprentissage qu'aux mathématiques,
chacune et chacun serait autrement capable de maîtriser
l'objectivité de ses perceptions visuelles et de les restituer
par le dessin.
Je
ne veux ni ne peux en quelques lignes développer ici toutes
les subtilités du mode de perception objective de la réalité,
j'insisterai seulement sur quelques points fondamentaux, à
bien comprendre et surtout à bien appliquer pour atteindre
une maîtrise du dessin d'observation.
Premier
point, voir juste. La
difficulté de reproduire avec justesse un modèle
vient du fait qu'on regarde plus son dessin que l'objet à
dessiner. Pour remédier à ce défaut, il faut
se dire que la main est un outil neutre qui ne fait qu'obéir
à l'oeil, à suivre "bêtement" les
mouvements oculaires. Ce qui importe donc, c'est le travail de
l'oeil. Comment l'exercer ?
Étape
1 - Tendez par exemple votre main devant vos yeux, ne dessinez
pas! Conduisez lentement et régulièrement votre
regard le long des contours de la main. Essayez d'avoir clairement
conscience de chaque modification rencontrée sur la ligne
de contour: courbe légère, courbe accentuée,
droite, angle... Faites cela très lentement pour vous donner
la chance de tout enregistrer, de prendre conscience de la subtilité
et des particularités de chacune de ces lignes. Avez-vous
déjà regardé un sujet avec une telle attention
?
Étape
2- Prenez maintenant un crayon et une feuille. Faites le même
travail de balayage du contour de votre main, avec la même
lenteur et la même conscience de chaque modification rencontrée,
mais ici, votre main suivra le mouvement de votre oeil, lui obéira
"aveuglément". Ne regardez
pas votre dessin, mais seulement votre modèle. Le
résultat ne présentera que peu de rapport avec votre
main, mais ceci n'a aucune importance, ce qui compte, c'est d'enregistrer
consciemment chaque nuance présentée par les contours.
Soyez comme le moine bouddhiste qui pratique le tir à l'arc,
il s'intériorise de longs moments en s'identifiant au tireur,
à la cible et à la flèche, une fois bien
centré dans cette conscience, il lâche la flèche
et ferme aussitôt les yeux, sans curiosité pour le
résultat; l'objectif n'est pas là car il est d'ordre
intérieur. Que votre objectif soit ce qui se passe en vous,
dans votre oeil et dans votre cerveau.
Étape
3 - Reprenez ce même travail, mais cette fois en
regardant de temps en temps votre dessin, ce sera seulement pour
vérifier s'il corrrespond au modèle. Pendant au
moins 80% du temps, dessinez doucement tout en regardant attentivement
votre main ou tout autre objet, comme dans la deuxième
étape. Arrêtez-vous pour votre comparer votre dessin
avec votre modèle. Regardez où se situe une ligne
par rapport à une autre, au besoin corrigez. Pratiquez
en douceur jusqu'à ce que tout votre modèle soit
reconstitué.
En complément, pratiquez l'exercice 1 renseigné
ci-dessous.
Remarques:
-
Vous vous sentirez peut-être fatigué après
quelques dizaines de minutes de pratique de cet exercice, ce qui
est normal puisque vous sollicitez des centres de votre cerveau
qui n'ont pas l'habitude d'être fort actifs.
- Lors de la deuxième étape, remarquez à
quel point notre conditionnement nous pousse à vouloir
regarder le résultat avant
d'avoir terminé et à nous détourner de l'essentiel,
à savoir la présence au modèle.
- Si vous remarquez que votre main effectue des petits mouvements
de va-et-vient pour dessiner, c'est que vous n'avez pas bien compris
la méthode car votre regard ne pratique pas ce mouvement
discontinu, ce qui signifie que votre main qui dessine s'est désolidarisée
de votre oeil.
Deuxième
point: penser en terme de FORMES.
Lorsque nous parlons, les centres du cerveau sollicités
ne sont pas ceux du cerveau qui observe. Si dans un portrait
nous essayons par exemple de dessiner un oeil et que nous
pensons que nous dessinons un oeil, nous nommons l'objet que
nous essayons de dessiner et ce faisant, nous n'établissons
pas un contact direct avec lui, mais nous le voyons à
travers le schéma de l'oeil que nous avons programmé
dans notre cerveau, un idéogramme bien connu dont les
formes sont aussi celles d'un poisson tout aussi schématique.
Voir ci-contre.
Pour restituer les formes réelles d'un modèle,
il va falloir outrepasser tous les schémas tyranniques
que nous avons élaborés. Le premier point détaillé
ci-dessus va nous y aider, mais une autre approche déjà
mentionnée plus haut va aussi nous apprendre à
voir les formes réelles d'un objet en oubliant l'objet
en soi. Dessiner les espaces vides est pour cela un excellent
exercice. Comment le pratiquer ? |
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Reprenons
l'exemple de l'oeil. Si au lieu de dessiner les contours habituels
de la paupière, de l'iris, de la pupille... nous nous efforçons
de percevoir les formes ENTRE ces détails, c'est-à-dire
les espaces "vides", les blancs de l'oeil, l'espace
entre le bord inférieur et le bord supérieur de
la paupière, etc. nous ne pourrons donner un nom à
ces espaces ni donc nous référer à des schémas
que nous aurions depuis longtemps programmés dans notre
cerveau. Il va nous falloir les voir avec une autre objectivité,
les enregistrer pour ce qu'ils sont. Les illustrations ci-dessous
nous montrent deux exemples de formes que peut prendre un oeil
vu de face chez deux individus différents. Pour les dessiner
il a fallu prendre conscience de la forme des blancs, de l'espace
entre les cils et le pli de la paupière, de l'espace entre
ce pli et les sourcils.
Remarques:
- Pour rendre l'expression d'un regard, la forme des parties hachurées
sur le dessin est particulièrement importante. Être
très attentif à la forme de ce morceau de vide.
- Dans la photo du dessus, remarquez comment la pupille est intégrée
dans l'ombre au-dessus de l'iris. Un défaut très
répandu chez l'amateur consiste à "noircir"
ce point, à le faire ressortir de l'oeil plutôt que
de l'y intégrer. Pourquoi ? Simplement parce qu'il sait
que ce point existe, tout comme l'enfant qui dessine la poignée
de porte d'une maison située à deux cents mètres,
simplement parce qu'il connaît par expérience l'existence
de cette poignée.

Trois
exercices efficaces pour retrouver une virginité de regard
devant les objets les plus connus.
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| EXERCICE
1.
Conseillé à tout un chacun pour comprendre
comment enregistrer objectivement nos perceptions. |
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Nous
allons utiliser l'arabesque abstraite ci-contre, la
ligne sinueuse noire et la dessiner en partant du
point A jusqu'au point B, de préférence
sans lever le crayon.
Etapes:
-
Prendre une feuille de papier et un crayon ou un feutre
ou un stylo.
-
Placer la feuille de papier devant soi et le crayon
vers le haut de sa surface à un endroit qui
correspondra au point A.
-
IMPORTANT ! A partir de ce moment-ci, on ne regarde
plus la feuille de papier, jusqu'à la fin de
l'expérience.
-
Très doucement, millimètre par millimètre,
votre regard va descendre consciemment le long de
la ligne en essayant de bien enregistrer chacune de
ses nuances, formes, longueurs, changements de directions,
etc.
Votre crayon suivra docilement les mouvements lents
de vos yeux, avançant au même rythme
ou s'arrêtant avec eux. Ce qui est important
ici, ce n'est pas la main, mais le regard, c'est-à-dire
les yeux et les centres visuels du cerveau. La main
n'est qu'un outil neutre. Surtout, ne regardez pas
le résultat !!! Pas maintenant.
Pendant
ce travail, rien d'autre n'existe au monde que cette
ligne sinueuse.
Faites
cet exercice maintenant, lorsque vous aurez terminé,
vous irez lire les "commentaires à propos
de l'exercice 1" au bas de cette page.
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EXERCICE
2.
1 - Tendez votre main devant vous, doigts légèrement
écartés. Regardez attentivement les
espaces entre les doigts. Comparez par exemple l'espace
entre l'index et le majeur avec celui entre le pouce
et l'index. Essayez de bien sentir dans toutes ses
nuances la forme de ces espaces "vides".
Comparez ensuite aux espaces entre les autres doigts.
2 - Fixez un de ces espaces et faites doucement pivoter
votre main. Remarquez à quel point la forme
de cet espace se modifie au fur et à mesure
de la rotation.
3 - Si vous avez réellement perçu la
forme de cet espace, vous voilà capable de
la dessiner. Choisissez une plante en pot, placez-la
devant vous, éventuellement devant un fond
blanc pour bien percevoir les espaces entre les formes.
Choisissez un espace vide pour commencer. Ne portez
pas de réflexion à son sujet, votre
regard doit être neutre et votre esprit vigilant.
Regardez bien cet espace, enregistrez-en la forme
globale puis dessinez-le, soyez plus attentif à
cet espace qu'à ce qui se passe sur votre feuille
de dessin. Comparez souvent ce que vous avez dessiné
avec le modèle original. Corrigez si nécessaire,
puis revenez à l'observation consciente jusqu'à
ce que le forme soit achevée. Enchaînez
avec les formes voisines en laissant entre elles l'espace
formé par les tiges ou le tuteur qui les sépare.
Note:
ce travail peut être réalisé avec
une infinité d'objets, dans la mesure où
ceux-ci présentent de nombreux espaces vides.
L'étude ci-dessous donne un exemple de dessin
mettant l'accent sur la variété et la
qualité de toutes ces formes qui additionnées,
finissent par reconstituer tout le monstera.
Remarque: un espace vide peut être ouvert ou
fermé.
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EXERCICE
3 .
Lorsque
nous dessinons, notre attention se porte généralement
sur les contours ou les masses sombres, éléments
plus simples à dessiner sur une feuille blanche.
Nous allons déjouer ce réflexe routinier
en nous tournant vers les masses de lumière.
Choisir
une photo présentant de forts contastes entre
les ombres et les lumières, dans le genre
du document ci-contre.
Prendre
un feuille à dessin de couleur noire ou foncée.
Utiliser un crayon blanc couvrant: crayon pastel
ou crayon "craie blanche".
Concentrez
votre attention sur les formes des lumières
et dessinez-les avec cette mine blanche. Ne vous
préoccupez pas des masses noires sauf pour
laisser la bonne distance entre les diverses masses
banches.
Terminez
en appuyant plus fortement sur les zones qui sont
les plus lumineuses.
Remarquez
que ce faisant, vous ne pensez pas à la partie
de l'objet que vous dessinez, par exemple une joue,
un blanc d'oeil, un menton, etc. mais seulement
à la justesse des formes.
Cet
exercice est un bon moyen pour s'habituer à
SYNTHÉTISER la répartition des ombres
et des lumières, éléments qui
sont généralement disgrâcieusement
éparpillés
chez l'amateur.
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Commentaires
à propos de l'exercice 1.
Si
vous avez consciencieusement réalisé
cet exercice, il vous aura fallu plus d'une minute
pour le faire, peut-être deux ou trois. Si quelques
secondes vous ont suffi, que vous soyez artiste ou
pas, vous l'avez expédié et il ne vous
aura rien apporté car vous l'avez réalisé
distraitement, même si le résultat vous
satisfait.
Si
votre crayon a opéré des mouvements
de va-et-vient alors que vous dessiniez, c'est que
vous n'avez pas correctement appliqué les principes
indispensables à la bonne application car vos
yeux n'ont pas progessé par saccades le long
de la ligne, donc, votre main s'était désolidarisée
de votre regard.
Maintenant,
prenez votre feuille, faites-la pivoter de 180°,
le bas en haut et le haut en bas. Regardez ce que
vous avez dessiné. Si votre dessin est plus
ou moins fidèle à l'original, vous avez
dessiné un profil de clown. Sans le savoir.
Vous venez de dessiner comme un artiste peut le faire,
en étant attentif aux formes, aux proportions,
aux orientations... sans "nommer" mentalement
le sujet dessiné. Votre main était en
contact direct avec le regard, le mental, l'émotionnel
étaient laissés de côté.
Vous détenez une clef importante pour ouvrir
"les portes de la perception". Si vous pratiquez
régulièrement cet exercice combiné
aux deux autres, avec toutes sortes de sujets, votre
regard s'affinera et prendra de l'assurance, votre
dessin sera de mieux en mieux maîtrisé.
Amusez-vous bien !
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Remarque.
Les
formes d'un objet naturel (personnage, animal, plantes...)
présentent une alternance de parties courbes
et de parties droites. Lors de l'observation il est
bon de prendre conscience de toutes ces nuances. Un
débutant a tendance à ne voir dans un
visage, un corps humain ou un animal que des formes
courbes, ce qui confère beaucoup de mollesse
et d'imprécision à son dessin. On dira
qu'il n'est pas "senti". Par opposition
un excès de lignes droites lui donnerait de
la sécheresse. Le dessin ci-dessous montre
qu'une alternance entre ces deux types de trait donne
de la vie et de la solidité à la forme.
En dessinant, il est bon lorsqu'on a affaire à
des lignes courbes d'essayer de repérer des
parties qui se rapprochent de la droite ou qui parfois
sont totalement droite. Exemple ici dans les contours
de la tête du chat.

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