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Il est important de distinguer d'abord les notions
d'idée littéraire, à savoir
le contenu du tableau, le sujet, le message et l'idée
plastique, son organisation par la composition, les formes,
les couleurs, les matières...
Attendre
béatement que l'une ou l'autre tombe du ciel est une
attitude qui risque fort de décevoir le peintre, surtout
celui dont la production tourne autour de thèmes imaginaires.
Le Saint-Esprit est généralement trop sérieusement
occupé ailleurs pour venir ici dispenser son inspiration.
Le peintre de paysage, de natures mortes ou de portraits sera
en cela avantagé, les sujets ne manquent pas autour
de lui et il lui suffit de regarder puis de sélectionner.
Il détient facilement son idée "littéraire",
l'idée plastique dépendra essentiellement de
son style, dans la mesure où 'il en a un.
Le peintre abstrait ne rencontre généralement
pas ce problème puisque son sujet est soit la peinture
elle-même avec tout son vocabulaire plastique, soit
sa pensée ou ses propres émotions. Dans le premier
cas il lui suffit de se tourner vers les formes, les matières,
les couleurs, une structure de composition...et de jongler
avec tout cela. Dans le second, un peu d'introspection le
met en contact direct avec une matière psychique à
libérer picturalement.
L'artiste
de l'imaginaire présente ici étrangement un
point commun avec le conceptuel. Il lui faut trouver une idée
à exprimer, un thème à exploiter ou à
explorer, un message à transmettre... de préférence
de manière subtile, métaphorique ou symbolique,
en suggérant plutôt qu'en racontant, sous peine
de tomber dans la simple illustration. Il lui faut trouver
un contenu, dérouter le regard pour l'inviter à
aller plus loin que la perception conventionnelle. Ceci étant
fait, il doit enfin choisir la formulation plastique pour
exprimer ce contenu. A moins que la démarche fonctionne
en sens inverse, ce qui est possible dans une optique proche
de celle des surréalistes où le hasard assume
sa part créative. Le fait plastique sert de point de
départ tandis que le contenu littéraire éventuel
s'en dégage par la suite, révélant la
matière psychique de l'artiste.
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| Dans
son tableau "l'Europe après la pluie",
Max Ernst a suivi une démarche créative
typiquement surréaliste, c'est-à-dire
qu'il a "reçu" ses idées
plutôt que de les "émettre".
Pour cela, il a recouvert sa toile d'une gamme
de couleurs terre, allant de l'ocre à la
terre verte, il y a plaqué de grandes feuilles
de papier aussitôt retirées. Une
texture est apparue, semblable à celles
que nous connaissons pour avoir réalisé
des "papillons" à la gouache
lorsque nous étions enfants. Il a laissé
sécher la surface, l'a longuement regardée
jusqu'à ce que des éléments
suggestifs s'imposent à son imaginaire.
Il lui a suffi dès lors de les mettre en
évidence en retenant ceux qui lui convenaient,
c'est-à-dire en sélectionnant les
contours par la couleur couvrante du bleu du ciel,
en renforçant certaines ombres et certaines
lumières et, pour finir, en ajoutant quelques
détails issus de sa propre matière
psychique. |
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L'artiste
de l'imaginaire peut aller à la rencontre d'idées
de multiples manières. J'en propose ici quelques-unes
qui ne sont pas exhaustives.
Lorsque l'idée littéraire, à savoir le
sujet, le message ont été choisis comme point
de départ, le défi consistera à mettre
tout cela en forme plastiquement, à structurer une
composition, à choisir un climat coloré qui
la soutienne, des matières qui la valorisent, etc.
L'idée littéraire seule ne suffit pas puisque
le langage pour la transmettre est d'ordre plastique. Ne pas
maîtriser ce langage ou le négliger équivaut
à balbutier lorsqu'on s'exprime par la parole. Le peintre,
quel que soit son style, doit en venir à penser en
terme de formes, au sens large du terme. Lorsqu'il dessine
un oeil, un nuage, un arbre, il crée avant tout une
forme qui doit en soi présenter des qualités
plastiques.
Lors
de cette étape, une série de croquis rapides
présentant chacun des variations dans la composition
sera des plus utiles, sauf si on se sent à l'aise dans
l'improvisation.
Une
démarche de recherche se fait en évitant de
répéter les mêmes formules, donc en les
CHANGEANT d'une approche à l'autre, en modifiant l'importance
accordée aux divers éléments, leur grandeur,
leur situation dans la composition, leur nombre, leur orientation,
leurs formes, etc. Il faut à chaque fois PENSER AUTREMENT,
éviter de tomber dans le confort de ses tics habituels,
dans des formules usées, cent fois utilisées
par soi-même ou mille fois par d'autres.
Il
est possible de peindre un tableau réaliste par totale
improvisation, c'est-à-dire en donnant les premiers
coups de pinceau sans savoir ce que sera la suite. La démarche
est très fascinante parce que le créateur devient
aussi spectateur de son travail, surpris à chaque étape
par ce qui s'impose à son regard. J'ai personnellement
beaucoup expérimenté cette démarche.
Vous pourrez en découvrir un exemple parmi d'autres
si vous cliquez ICI.
(Eliminez la fenêtre qui s'ouvre pour revenir à
ce texte).
Comme dans la démarche de Max Ernst, je me suis aidé
pour cela d'un fond qui contenait et proposait déjà
certaines formes ou plus exactement des textures. Mon support
n'était donc pas blanc, mais rempli de motifs aléatoires
réalisés généralement avec une
seule couleur foncée (sépia, gris de Payne,
indigo...) et texturée dans le frais.
J'ai
procédé, soit par froissement d'une matière
dans la couleur fraîche (mouchoir en papier, cellophane
alimentaire, feuille d'aluminium lisse et posée à
plat(!)...) soit par rendu de matières au pinceau,
souvent grâce à un médium un peu gélatineux
de style liquin ou médium alkyde, deux
produits très siccatifs qui ont pour propriété
de laisser plus apparentes les traces du pinceau. Dans ce
cas, au lieu de "tirer" la couleur avec le pinceau,
je la "pousse" vers l'avant.
Les "sillons" restent nettement plus visibles. Le
mouvement du pinceau peut varier, il peut tournoyer, pivoter,
s'étirer..D'autres fois, lorsqu'il s'agit par exemple
de peindre un feuillage, j'utilise un vieux pinceau "décoiffé",
dont les poils se sont écartés en éventail.
Dans
cette approche, il est important de laisser une part au hasard,
de ne pas vouloir tout contrôler, c'est pourquoi j'utilise
des pinceaux relativement gros par rapport aux détails
ou matières à ajouter, les pinceaux fins ne
seront utilisés que pour les petits détails
qui doivent être précis.
Le
fond étant sec, j'ai fait ce que nous avons tous fait
un jour ou l'autre en regardant les nuages ou les taches sur
un vieux mur ou dans les marbrures des carrelages, j'ai "projeté"
dans ces méandres abstraits des éléments
figuratifs qu'ils me suggéraient. Il m'a suffi alors
de les révéler par la couleur, en renforçant
les contrastes entre les lumières et les ombres, en
y ajoutant des détails, en supprimant les magmas gênants...
La tache devient alors très vite montagne, tronc d'arbre,
eau ruisselante, etc. Tout cela avec un aspect naturel impossible
à obtenir en essayant de tout contrôler.
A noter qu'il est facile de projeter dans les nuages des formes
de visages, sans doute parce que c'est le sujet que nous connaissons
le mieux et parce que quatre points dans une forme quelconque
font aussitôt penser aux yeux, au nez, à la bouche.
En art, l'idée automatique est rarement la plus créative
car c'est l'idée de "tout le monde", il faut
donc s'habituer à chercher plus loin.
Pour
celui qui se crée une ambiance de travail du dessin
et de la peinture, les idées germent plus facilement
que pour celui qui attend qu'elles lui tombent toutes cuites
dans les neurones. Le travail attire les idées comme
l'argent attire l'argent. Le peintre convaincu appliquera
la maxime ci-dessous attribuée à Appelle le
peintre latin:
"Nulla
dies sine linea" - Pas un jour sans tracer une
ligne.
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