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Manuel du peintre. La pratique de la peinture:
les principes esthétiques, la méthode, le travail, les techniques, les manipulations...

À l'usage de tout quiconque s'intéresse aux arts plastiques ou souhaite enrichir son existence d'une dimension et d'une sensibilité créatives.

INTRODUCTION



Pourquoi ce manuel du peintre ?


Le peintre devant sa toile fluctue, la plupart du temps inconsciemment, entre deux états d'esprit fondamentalement différents, la pensée réfléchie et l'intuition. Si l'intuition domine, le peintre s'abandonne à la spontanéité et à l'élan créatif, si la pensée réfléchie l'emporte, il analyse les moyens pratiques qui s'accorderont au mieux avec son intention ou au contraire la desserviront.

Généralement ces deux attitudes coexistent, avec prédominance, permanente ou momentanée de l'une ou de l'autre. Les inconditionnels de la spontanéité rejettent parfois toute idée d'une raison raisonnante qui s'interroge sur l'esthétique ou sur la méthode; je doute pourtant que l'élaboration de leur art ne soit que le fruit de leur pure sensibilité et d'un inconscient qui détiendrait tous les secrets de l'harmonie sans que soit jamais intervenu le questionnement conscient sur ce qui fonctionne ou au contraire sur ce qui serait à éviter pour assurer la qualité esthétique de la création .
La plupart des artistes confirmés, même parmi ceux qui semblent les plus spontanés, ont laissé des écrits qui révèlent la nécessité de réfléchir leur art, de le fonder par la pensée, de clarifier leurs intentions et les moyens à mettre en oeuvre pour les respecter ( voir la page "citations").

Le but de ce manuel du peintre est de réfléchir sur l'esthétique, la méthode et les aspects techniques qui sont à la base du métier, une connaissance sans laquelle la pratique de la peinture restera toujours lacunaire. Il s'agit ici d'aplanir le chemin de l'amateur ou celui du professionnel qui se trouverait à l'étroit parce qu'il n'aurait reçu qu'un enseignement "conceptuel", ce qui est malheureusement le cas dans beaucoup d'académies et d'écoles supérieures qui n'enseignent plus que l'art conceptuel, cette expression minoritaire qu'une oligarchie culturelle considère comme étant la seule à mériter le label "art contemporain". Jusqu'à ce que...

Ce manuel du peintre présente une succession de considérations théoriques et pratiques indispensables dans tout travail artistique où le savoir-faire occupe encore une place d'importance. De nombreuses illustrations étayent le propos.
Quand nous aborderons les aspects techniques de la peinture, ce qui suit concernera essentiellement la peinture à l'huile, mais il est évident que tous les aspects esthétiques sont applicables à toute forme d'expression plastique.
Ces écrits seront régulièrement actualisés et étoffés de nouvelles rubriques. Si vous avez des questions précises dont les réponses ne figureraient pas dans ces lignes, mais également des informations utiles ou des objections, contactez-moi par courriel en CLIQUANT ICI.

Le domaine de l'art est sans frontières, peindre ou sculpter, c'est faire un pas dans un territoire qui a l'infini pour mesure; ceux qui débitent aujourd'hui l'idée clichée qu'en art tout a été dit et qu'il est temps de faire autre chose, démontrent seulement qu'ils ont atteint eux-mêmes les limites de l'exploration de leur être.
Beaucoup d'autres aspects esthétiques et techniques pourraient aussi être abordés, je traite ici de ceux que trente-cinq ans d'enseignement des arts plastiques et de pratique de la peinture m'ont fait considérer comme étant les plus fondamentaux. Ces écrits seront complétés ou actualisés au gré de mes inspirations.

Un grand merci à Emile Tainmont qui a fait un fabuleux travail de recherche concernant les principes esthétiques qui inspirent et structurent chaque oeuvre d'art, partout et depuis toujours, en espérant que ces préoccupations survivront à notre époque de chaos artistique qui en néglige ou en nie trop souvent l'importance.

 

copyright "manuel du peintre" - Michel Barthélemy.

NB: il n'y a aucun copyright sur ce manuel du peintre en ce qui concerne les utilisations d'ordre privé, mais il y en a un pour prévenir d'éventuelles intentions d'édition et de publication, entre autres sur les forums et les sites Internet. Ce texte existe seulement pour aider les personnes privées à qui il peut être d'une quelconque utilité et tant mieux si son but est atteint.
Le webmaster qui souhaiterait utiliser des extraits de ce texte peut évidemment introduire le sujet dans son forum et ensuite placer un lien vers la page concernée. Merci.

 

 

NB: Ce manuel du peintre est une initiative personnelle, il ne dépend d'aucune marque de matériel artistique ou autre. Si des noms de marques sont cités, c'est uniquement à titre indicatif, pour faire part de ma propre expérience et non pour encourager à acquérir un produit particulier.

 

 


 


 

SOMMAIRE

Introduction (ci-dessus).

- Pourquoi peindre? Ci-dessous

  - L'état d'esprit indispensable à une démarche créative.

A

La création plastique.

1

- Le style. Trouver sa voie. Figuratif ou abstrait?

 

Les constituants physiques du tableau.

2

La forme = le caractère, la trace, l'arabesque, l'impression de poids, (exercice) les orientations, les caractéristiques opposées. Un conseil très important !

2'

Le caractère de la forme. Exemples illustratifs

3

La couleur = les tons, les températures, les valeurs, les saturations, le climat coloré.

4

La gamme des bruns

5

La couleur chair

6

L'art de mélanger les couleurs: la palette de base, mélanges spécifiques (le ciel, la verdure ,la chair.) . Exercice.

7

Les harmonies. Les couleurs joyaux.

8

Le contraste simultané d'un point de vue pratique.

9

Les matières picturales.

B.

La composition.

10

L'art de composer un tableau. L'équilibre. Les grandeurs relatives.

C.

Le travail de peinture proprement dit.

11

La préparation du travail: les idées, les esquisses préparatoires, l'étude des détails, l'ébauche, la pochade.

12

Le matériel et son utilisation: les supports, le vrai gesso, brosses et pinceaux, les médiums, les vernis.

13

L'exécution proprement dite, le travail du peintre, principes et applications. La tenue du pinceau

14

Glacis, empâtements , frottis

15

Tours de main, trucs et astuces: estomper?. Utilisation du miroir. Restituer l'espace. Peindre en ôtant de la couleur. Cligner des yeux pour mieux voir. Tracer des traits fins et rectilignes

16

Le dessin d'observation. Comment voir juste? Trois exercices efficaces.

17

Réparer les erreurs.

18

Photographier un tableau.

D.19

Questions spécifiques liées à l'imaginaire et à la peinture fantastique: techniques, exigences, le collage et l'infographie, les empreintes, pistes pour trouver des idées.

E.20

Si tout cela est trop compliqué, faites de l'art contemporain.

F.21

Liens vers des sites sérieux et utiles. Bibliographie. Technique, esthétique... Livres dénonçant de manière édifiante les dessous du marché de l'art contemporain.
Citations autour de l'art et de sa pratique

G.22

 

 

 

Quelques précisions préalables.

- Pourquoi peindre?
On peut peindre poussé par différentes motivations, pour se distraire, pour expérimenter, par passion, pour être remarqué même si on n'est pas nécessairement remarquable, pour arrondir ses fins de mois, par désoeuvrement, par compensation de l'un ou l'autre manque, etc. Mais on peut peindre aussi tout simplement pour répondre aux appels de notre nature profonde, par fidélité à un programme que nous avons apporté dans les bagages de notre naissance. Pour ce qui me concerne je pourrais me passer de la peinture, mais il faudrait qu'une motivation plus convaincante me pousse à le faire et dans l'état actuel de mon cheminement personnel, je vois mal laquelle.


Pour l'artiste, la création n'est pas un "hobby" ni une occupation, encore moins une distraction, c'est un mode de fonctionnement, une façon de vivre et de manifester ce qu'il est.


 

La pratique approfondie de toute discipline est aussi un moyen de s'éprouver soi-même, de se structurer, de se confronter à soi et de se connaître mieux, mais l'exercice de l'art exige une pensée et une sensibilité tout particulièrement affinées qui nous attirent de manière privilégiée vers les profondeurs de notre être essentiel, plus efficacement que la pratique d'un sport ou d'un bricolage et, faut-il le préciser, à des années lumière du lieu où nous enferment dans leur large majorité les émissions télévisées. L'art, par rapport à d'autres activités intellectuelles présente l'avantage d'exercer la pensée et de la mettre à l'épreuve de la pratique, ce qui n'est pas le cas de nombreuses autres gymnastiques intellectuelles. La pratique de l'art est un moyen de compréhension de ce que nous sommes et de ce qu'est le monde, elle nous permet de comprendre dans leur intimité les principes qui permettent de tendre vers la cohésion, l'équilibre et l'harmonie, d'éprouver concrètement comment tout cela fonctionne et s'imbrique.
L'art est plus qu'un simple fait esthétique, c'est une manifestation des archétypes présents dans chaque être humain, dans toute forme de vie et partout dans le monde. L'art est donc inutile, comme sont devenues inutiles la vie intérieure, la conscience, la vie spirituelle, la voie de l'ascèse, l'âme et, aux yeux des grands mythes qui fondent aujourd'hui les lois de l'économie et de la finance, l'individu lui-même.
L'art vrai est une voie vers la connaissance de soi et du monde, à l'opposé de toute distraction dont le but est littéralement de nous distraire de nous-même, c'est-à-dire, de nous "tirer hors de" notre être intérieur. Une grande part du désarroi et des malheurs du monde vient du fait que l'on perd sa vie, son temps et son énergie à se distraire ou à se rechercher dans des ersatz d'identité, c'est-à-dire à se fuir soi-même, à s'éloigner de ce qui fonde notre assise et nous confère notre réelle grandeur.



L'art n'est pas utile, il est indispensable à la vie spirituelle d'une civilisation.

 

 

La peinture est un moyen de s'exprimer, c'est un langage, et comme tout langage, possède son vocabulaire, sa grammaire, sa synthaxe. Très peu, dans les académies et dans les écoles d'art investies par la mode conceptuelle, apprennent encore aujourd'hui ce langage et s'imaginent pouvoir l'utiliser ou le comprendre ou plus grave, le juger sans rien en savoir. Les arts plastiques sont les seuls à connaître un tel état de fait; on imagine mal un poète qui écrive un texte ou un lecteur qui l'apprécie sans maîtriser la langue, un musicien sans rien connaître de son instrument, une danseuse qui ambitionnerait d'exprimer des émotions sans aucune maîtrise du corps.

A partir du moment où le peintre et le spectateur maîtrisent ce langage, dès qu'ils comprennent que les arts plastiques expriment un contenu par la "forme", dès qu'ils deviennent sensibles aux harmonies, au climat, à la dynamique plastique pure, la dichotomie entre art abstrait et art figuratif s'en trouve fortement relativisée et la querelle éventuelle qui voudrait encore opposer les deux apparaît bientôt comme dérisoire. Cette question est développée à la page suivante dans ce manuel du peintre.

 


Un artiste peintre bénéficie de ce rare privilège qu'il peut connaître une joie de vivre avec pour seuls biens un crayon et quelques feuilles de papier, sans avoir besoin de s'inféoder à un écran, de s'entourer de gadgets ni d'arpenter le monde de plage en plage et d'hôtel en hôtel.





 


- L'état d'esprit indispensable pour le créateur et le spectateur .
Pour mener à bien un travail créatif, il est nécessaire d'entretenir un esprit d'ouverture et de disponibilité permanente, ce qui signifie qu'il faut se libérer des peurs sournoises et des certitudes figées qui nous paralysent, se détacher des inévitables opinions formulées par tous ceux qui ne savent rien du langage des formes, être curieux de ce que les autres artistes font et s'informer sur tout ce qui touche aux formes d'expression plastique, mais aussi sans doute à tout ce qui se passe dans le monde, car l'artiste ne mettra jamais dans son oeuvre que ce qu'il aura compris et qu'il porte en lui.
Le sujet véritable de tout tableau, c'est d'abord l'artiste lui-même. Son oeuvre est dans son écriture, sa façon de ressentir et de décrire le monde.



"l'artiste se peint toujours lui même."
Léonard de Vinci.


 

Il est fondamental, si l'on veut être vrai et en accord avec soi-même, de peindre pour soi et non pour plaire aux autres. Être fidèle à soi-même est un devoir qui est sans rapport avec l'égoïsme, il s'agit seulement d'être fidèle à notre programme de naissance, d'obéir à notre destinée. Peindre pour les autres, c'est se lancer dans une décevante aventure de séduction; personne ne plaira jamais à tout le monde. Sacrifier son travail à l'audimat, c'est se garantir une production ordinaire et impersonnelle, qui séduit peut-être certains mais ne surprend pas, qui sécurise mais n'interroge pas, qui décore comme le ferait un pot ou une potiche mais n'apporte rien à l'esprit du spectateur.
Un tableau, si réaliste soit-il, doit contenir davantage que ce qu'il est sensé représenter, il doit révéler des aspects que le regard distrait ne perçoit pas, il doit émettre des échos qui atteignent les sommets de l'âme et parler à la pensée plutôt qu'à l'oeil. Le rôle de l'art n'est pas de décorer mais de témoigner, de lutter contre l'immobilisme, de faire bouger l'homme et le monde.
L'art qui n'est tourné que vers lui-même, qui ne s'interroge que sur son propre langage est atteint de nombrilisme et sert peu l'évolution de la pensée si on ne peut établir de correspondances entre son vocabulaire formel et le contexte historique.

Questions insignifiantes , à ne pas se poser si on veut entrer en résonance avec le contenu d'une oeuvre d'art :

- combien de temps a-t-il fallu pour faire ça? Questions mille fois entendue et toujours sans réponse. Ce n'est pas le temps de réalisation qui confère une quelconque valeur à un tableau. On peut passer sa vie entière à réaliser un projet et complètement le rater. D'autre part, certaines formes d'expression artistique sont exécutées de plus en plus rapidement au fur et à mesure que l'artiste acquiert de la maturité et de la maîtrise. La valeur intrinsèque d'une oeuvre d'art est d'ordre qualitatif, s'inquiéter de ses aspects quantitatifs est une aberration typiquement occidentale et contemporaine qui empêche de saisir l'essentiel.
Si je réponds que j'ai mis un mois pour peindre un tableau ça ne signifie rien car je n'ai pas compté les heures ni chronométré les secondes. Un artiste qui entre dans son atelier ne pointe pas.

- est-ce que ça vaut cher? Autre questionnement d'ordre quantitatif qui ne devrait intervenir qu'en cas d'éventuelle intention d'acquisition. Le rapport entre l'art et le marché est devenu récemment une question complexe, particulièrement avec l'art contemporain, où l'objet le plus banal ( un urinoir, une boîte de soupe, un tas de grenailles, des espaces vides...) peut devenir oeuvre d'art à partir du moment où "l'acteur de l'art" l'a décidé. Les grandes galeries marchandes comme Sotheby's ou Chritie's créent de toutes pièces une cote pour certains artistes et certaines œuvres qui deviennent des valeurs marchandes, de simples produits d'investissement financier. La valeur et la croissance du "produit" sont garanties grâce à un imposant réseau de galeries, de foires et de musées soutenus par les médias, à grand renfort d'un battage publicitaire qui s'efforce de convaincre le public que l'art contemporain est le seul qui soit digne de notre époque et que tout le reste appartient définitivement au passé.
La confusion entre valeur esthétique et valeur marchande est caractéristique de notre société occidentale guidée par la finance.
L'attitude de l'acheteur investisseur est purement mercantile et n'a pas grand chose à voir avec les motivations du véritable amateur d'art. Cette attitude est à l'exact opposé de celle ou de celui, connaisseur ou profane, qui acquiert une œuvre, simplement pour satisfaire un véritable "coup de cœur".

- qu'est-ce que ça représente? La question est souvent posée devant une oeuvre abstraite or, puisque l'oeuvre est par définition abstraite, la question n'a évidemment aucun sens. Mais on l'entend aussi dans le cas d'oeuvres simplement suggestives ou figuratives mais au contenu énigmatique. Face à une œuvre abstraite, ayons l'attitude que nous adoptons en écoutant de la musique, cette art qui par nature ne représente rien, laissons-nous simplement bercer par ses rythmes linéaires ou ses climats colorés et entrons en résonance avec sa charge émotionnelle.
Plutôt que de se poser cette question, il serait plus judicieux de s'enquérir des sources d'inspiration et des intentions qui sont à l'origine de la création.

- Et pour clore ces citations clichées, deux petites phrases vexantes pour un artiste qui a mis son coeur et ses tripes à exprimer quelque chose qu'il estime essentiel:

- c'est beau, on dirait une photo.

- et bien plus accablant encore: votre tableau irait bien avec mes rideaux...

Croyances et formulations parasites, à dépister et à éliminer si on souhaite entamer ou poursuivre une démarche créative:

- Je n'y arriverai pas. J'ai déjà essayé, je sais que je n'y arriverai pas. Je ne sais pas dessiner...

- Je ne serai jamais capable de faire ça.

- Je n'oserais jamais... J'ai peur de...

Une astuce, lorsqu'une telle croyance a tendance à se présenter, affirmez son contraire et surtout, croyez au progrès possible, pas après pas. Dites:

"J'y arriverai, si ce n'est pas cette fois, ce sera après quelques expériences qui m'aident à comprendre et donc à progresser". "J'ose, je ne risque pas de me casser une jambe, seulement de devoir corriger". Etc.

 

 

Ce n'est pas parce que l'horizon semble lointain qu'il faut s'interdire de s'en rapprocher.

 

En souhaitant que ce manuel du peintre amène l'amateur à dépasser toutes ses peurs et ses réserves et à avancer avec confiance.

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© "Le manuel du peintre" dans le Louvre de Michel Barthélemy