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Je
ne prendrai pas le risque de faire ici un historique des tendances
que l'on peut qualifier de fantastiques car il faudrait pour cela
remonter jusqu'à Lascaux et décrire tous les courants
mythiques, symbolistes, religieux, légendaires, visionnaires,
surréalistes, etc. Je caractériserai simplement
l'art fantastique en précisant qu'il s'agit pour l'artiste
soit d'exprimer ses angoisses face aux forces mystérieuses
actives dans l'homme et dans l'univers, soit d'exprimer ses rêves,
ses visions ou ses contemplations. Ne confondons pas fantastique
et fantasmagorique, le fantastique puise ses racines dans la réalité
qu'il transcende sur le mode métaphorique, il ne se contente
pas de décrire le monde avec objectivité, il le
transforme pour en révéler des aspects inattendus
perçus à travers la sensibilité du peintre,
atteignant la plupart du temps un aspect onirique ou visionnaire,
déroutant comme le rêve ou les expériences
transpersonnelles, mais porteur de signification comme eux. Le
fantastmagorique par contre relève d'une certaine forme
de délire et présente un contenu autrement arbitraire
et gratuit.
Ne confondons pas non plus "fantastique" avec "horreur".
Si l'horreur fait partie du fantastique, il est loin d'en être
le seul représentant. Actuellement, à cause de films
considérés comme fantastiques parce qu'ils déglutissent
des hectolitres d'hémoglobine et des tonnes de spectres
macabres, les deux termes ont tendance à être un
peu vite confondus par certains profanes. Gardons-nous de cette
vision limitée et peu flatteuse pour l'art fantastique.
L'art
fantastique est de tous les temps. Il trouve son fondement dans
l'imaginaire, une faculté inscrite dans la psyché,
il existera tant que l'imaginaire existera...
Pour
qu'on puisse parler d'art fantastique, il faut que l'univers décrit
présente des différences ou des rapprochements inattendus,
voire inconciliables avec l'état naturel des choses et
avec nos représentations conventionnelles, il faut que
certains éléments subissent des modifications par
rapport à ce que nous en connaissons ou croyons en connaître.
Ces images dérouteront, interrogeront, dégageront
de la poésie.
C'est
ainsi qu'on pourra par exemple changer:
- la grandeur d'un objet, en sa totalité ou en ses parties;
- sa situation, son environnement habituel;
- ses formes, ses couleurs, sa matière... En tout ou en
partie.
- les lois physiques auxquelles il est d'habitude soumis;
- les objets qui lui sont d'habitude associés;
- certains détails, en les remplaçant par exemple
par d'autres;
- etc.
Prenons
quelques exemples chez Magritte, un maître de l'inattendu.
Les quelques exemples ci-dessous illustrent différents
procédés utilisés par le peintre pour dérouter
nos représentations ordinaires, nous apprendre à
nous en méfier et créer un monde fantastique chargé
de poésie.
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Grandeur
inhabituelle de l'objet
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Etat
inhabituel de la pierre, la lévitation.
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Modification
d'une partie de l'objet en une autre
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Association
de deux états incompatibles.
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Ces
exemples sont loin d'être limitatifs, ils offrent seulement
un bref aperçu des procédés utilisés
par l'artiste pour inciter le spectateur à s'aventurer
au-delà de la vision ordinaire ou seulement conceptuelle
pour entrer dans le monde de l'inconnu, du mystère, de
l'inconscient, du possible.
Les
techniques.
Dans
la peinture fantastique, il est la plupart du temps nécessaire
de rendre crédibles et réels ces univers qui apparemment
"n'existent pas", c'est pourquoi de nombreux peintres
ou sculpteurs pratiquent une technique à caractère
réaliste, parfois à la frontière du trompe-l'oeil
ou de l'hyperréalisme. Certains s'adonnent à une
peinture léchée, d'autres favorisent davantage les
matières picturales. les premiers représentent avec
minutie les matières en évitant de laisser des traces
de pinceau, les seconds en donnent un équivalent par la
texture même que le pinceau laisse dans la couleur. On peut
voir ci-dessous deux détails de tableaux qui illustrent
ces deux tendances.
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Dali - Détail d'un portrait
de Gala.
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Léonor Fini - Détail
de "La gardienne des sources".
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| Si
on considère la chevelure du personnage,
on remarque que Dali l'a peinte de manière
très réaliste, en structurant les
ondulations par un jeu d'ombres et de lumières
puis en y ajoutant les sillons laissés
par les mèches. |
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| Pour
peindre la chevelure du personnage, Léonor
Fini a essentiellement créé une
matière en triturant la pâte colorée.
Elle l'a ensuite travaillée pour y faire
apparaître des taches esquissant des masses
florales. C'est la situation sur la tête
qui indique qu'il s'agit d'une chevelure et non
pas la matière des mèches elle-même.
Isolée de son contexte, cette tache rouge
évoque davantage un bouquet de fleurs que
des mèches de cheveux. |
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Pour
pratiquer une peinture lisse et léchée, il est nécessaire
de travailler sur un panneau de bois ou sur une toile fine voire
ultra fine ou sur une toile de grain moyen qui a été
traitée en plusieurs couches de gesso ou de modeling paste
généralement poncées. La surface la plus
lisse sera obtenue avec du gesso véritable constitué
de colle de peau de lapin (colle Totin) et de blanc de Meudon
(craie). Voir la recette
en cliquant ici . Pour rappel, le gesso du commerce est une
imitation moderne du vrai gesso , c'est en fait de la couleur
acrylique.
Le peintre amoureux des matières picturales fera apparaître
les traces de son pinceau ou créera préalablement
un fond texturé ( voir la page "les
matières picturales"), il les interprétera
ensuite par glacis
là où ill veut conserver la matière, il utilisera
une toile à grain plus ou moins fin selon ses intentions,
il préparera parfois le support au gesso ou au modeling
paste plus ou moins épais, avec des reliefs plus ou moins
visibles. Il ajoutera éventuellement à sa préparation
de la sciure de bois (sans tanin), de la poudre de marbre, du
sable, etc.
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| La
peinture de Catherine Alexandre ci-contre offre un bon
exemple des principes ci-dessus mentionnés. L'artiste
a commencé par texturer son fond ( voir
la page "les matières picturales"
). Elle l'a ensuite retravaillé par glacis pour
faire apparaître les formes de feuilles, en assombrissant
certains contours et espaces en creux. Elle a peint
le visage en couleurs couvrantes pour y faire disparaître
toute présence de texture. Enfin, elle a peint
le fond en couleur foncée et couvrante pour préciser
le contour de ce qui constitue la coiffe du personnage. |
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Les
exigences du réalisme fantastique.
Comme
la peinture fantastique présente généralement
des caractères particulièrement réalistes,
le peintre devra maîtriser le dessin d'observation. Ici
plus qu'ailleurs, les maladresses en anatomie ou en perspective
seraient choquantes pour un oeil un tant soit peu exercé.
Le moyen ? Beaucoup dessiner, d'après nature ou d'après
modèle et donc, apprendre à OBSERVER.
Notons que réalisme ne signifie pas photographie, l'artiste
a toute liberté d'imposer un style à ses sujets
(voir "la
responsabilité de la forme dans l'apparition du style"),
de modifier les apparences en vue de l'expression. Il existe un
monde de différences entre déformation intentionnelle
et déformation malhabile.
La
technique sera souvent taditionnelle, sans renier pour autant
les apports des produits contemporains: pinceaux, médiums,
vernis... Mais par sa méthode, le peintre s'inscrit dans
une tradition empreinte de logique et qui a fait ses preuves.
Ce n'est pas parce que la manière de travailler est traditionnelle
que l'esprit et le contenu ne sont pas contemporains.
Les
sources d'inspiration, comment y puiser ?
Chaque
artiste de l'art fantastique possède son propre terrain
fertile en thèmes et en sujets mais la faculté première
utilisée par chacun est l'imagination. Si tous les artistes
font appel à ce précieux outil, celui de l'imaginaire
lui accorde le premier rôle et l'autorise à s'ébattre
en toute liberté et fantaisie. Il fait confiance à
ce riche substrat de matières variées qui couvent
en lui dans les tréfonds de sa psyché et qui est
fait de souvenirs, d'expériences marquantes, de rêves,
de cauchemars, d'idéaux, de toute une symbolique personnelle
ou archétypielle. Tout cela s'y bouscule et ressort sur
la toile ou dans la sculpture en voisinages inattendus, suscitant
chez le spectateur la surprise et le questionnement. Le rapprochement
sera tantôt éloquent, tantôt restera obscur,
jusqu'à ce que l'effort soit fait de se laisser inviter
dans cet univers étrange et de s'en imprégner. Un
phénomène de résonance s'établira
alors entre l'imaginaire de l'artiste et celui du spectateur,
l'oeuvre réveillera chez lui des coins de sa psyché
qu'il
avait jusque là laissés dans l'ombre. Instant privilégié
où le mystère devient le lieu de la rencontre et
de la révélation.
Pour
descendre puiser jusqu'à ces sources, l'artiste se doit
de lever toutes les barrières, celles de la logique, de
la raison, de toute forme de convention ou de réserve.
Il lui faut cultiver un lâcher-prise qui autorisera à
sa création de remonter de l'obscurité jusqu'au
grand jour. Il arrive parfois que la composition s'impose d'elle-même
en une sorte de lumineux éclat visionnaire, plus souvent
ce sera à partir de quelques éléments entrevus
que l'ensemble se construira au rythme de l'élan créateur.
Lâcher-prise, confiance, audace... Sans ces vertus les lieux
de l' "inspiration" resteront inaccessibles. Lorsque
nous rêvons, notre imaginaire se déploie en toute
liberté et témoigne de la richesse de son inventivité.
Nous pouvons à l'état d'éveil provoquer un
équivalent de cet état d'abandon et laisser l'oeuvre
se faire plutôt que de la faire. Opération sans doute
difficile pour le profane éduqué depuis toujours
à répondre aux attentes précises des parents,
des professeurs et de la société et nous savons
la facilité de franchir le pas entre difficile et impossible.
Que
l'on soit amateur ou professionnel de l'art fantastique, il existe
des moyens pratiques pour favoriser l'accès à nos
sources enfouies et il n'y a pas que les surréalistes à
les avoir utilisées. Certains ont été mentionnés
dans ces pages et il n'est sans doute pas inutile de les rappeler
tout en en parcourant quelques autres.
Parmi tous les moyens pour s'exercer à se débarrasser
des croyances tenaces en la pauvreté de notre imaginaire,
il y a le jeu, une pratique à laquelle nous nous livrions
sans réserve et sans culpabilisation quand nous étions
encore enfants. Le jeu créatif reste à la portée
de l'adulte sans entraîner aussitôt le sens du ridicule,
sauf si le mythe du sérieux est devenu particulièrement
tyrannique. Parmi ces pratiques, retenons celle du collage,
elle fut pratiquée par des peintres et des poètes
tels par exemple Max Ernst et Jacques Prévert.
L'avantage du collage est qu'en soi il libère la fantaisie
de l'imaginaire et qu'en outre il peut servir de "brouillon"
en vue d'une transposition à l'huile ou selon toute autre
technique.
|
Le
collage, principes.
.
Il y a plusieurs manières d'envisager le collage,
correspondant en fait aux différentes tendances
de la peinture: figurative, abstraite, expressionniste,
fantastique... Le genre fantastique lui convient particulièrement
puisqu'il s'agit d'associer des éléments
qui d'ordinaire existent dans des contextes différents,
d'où l'inattendu, le choc dû aux rapprochements.
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La
reproduction ci-contre présente un exemple
où les éléments ont été
travaillés selon différents principes.
Certains ont été découpés
dans leur intégralité, d'autres ont
été préalablement "manipulés"
ou sélectionnés dans un ensemble.
- Les rochers à l'horizon sont des plis dans
une robe rouge. Isolés et retournés,
ils perdent leur sens premier pour en acquérir
un tout autre.
- La planète à l'horizon était
une pelote de laine.
- Le visage féminin s'est vu paré de
deux yeux de léopard, en outre collés
à l'envers pour rendre le regard plus expressif.
-
le cadre a été vidé de sa peinture
pour laisser apparaître l'oeil menaçant.
- Tout a été collé sur un fond
neutre, noir et gris. Aucun détail ne figurait
sur ces fonds.
N'oublions
pas qu'un collage peut fort bien servir de "brouillon"
pour une oeuvre peinte par exemple à l'huile
ou à l'acrylique.
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L'important
pour réaliser un collage original, est de disposer
d'une bonne quantité d'éléments
qu'on aura sélectionnés et découpés
pour eux-mêmes, sans déjà entrevoir
ce que sera la composition finale. Cette étape
demande déjà une bonne disponibilité
du regard, il faut bien regarder les documents de
base et se laisser aller à imaginer ce que
pourrait devenir tel ou tel détail qui présente
des formes, des matières ou des couleurs intéressantes.
On les découpe et on en fait une "banque
de données" qui sera utilisée dans
la suite. Le plus difficile est parfois de trouver
des fonds relativement neutres qui mettront en valeur
les diverses parties collées. On peut évidemment
pour cela assembler différentes surfaces présentant
approximativement les mêmes couleurs et les
mêmes valeurs, les raccords pourront parfois
être camouflés avec des détails
judicieusement choisis.
Dans un deuxième temps, il faudra retourner
dans tous les sens les détails sélectionnés,
tester les associations, tenir compte des couleurs
et des matières, imaginer les interventions
possibles dans chaque élément retenu,
la situation à leur donner, les modifications
à y apporter...
Le collage lui-même ne sera fait que lorsque
tous les choix auront été arrêtés.
Aujourd'hui,
les ciseaux peuvent être remplacés par
l'ordinateur. Des programmes graphiques comme Photoshop
permettent à qui les maîtrise de réaliser
des compositions fantastiques convaincantes, sans
les limites matérielles du traditionnel papier.
De beaux outils pour le créatif et l'esthète,
mais chacun selon ses talents, ici comme ailleurs,
la technique ne suffit pas. Le génie ne dépendra
jamais d'une machine.
Ci-dessous,
un exemple d'une création réalisée
par l'infographiste et artiste belge Charles
Hiéronimus, un travail effectué
sur base de trois photos distinctes qu'il a prises
lui-même: un ciel sombre, un avant-plan de sable
blanc sur lequel est posé un verre contenant
de l'eau (photo de studio) et un cygne. Ces photos
ont été détourées, remaniées
dans les couleurs, adaptées dans leur taille
et travaillées dans Photoshop par calques superposés
pour former un tout cohérent. Et convaincant.
Une maîtrise technique est évidemment
nécessaire pour pouvoir atteindre un résultat
de cette qualité. Lumières et couleurs
doivent être savamment dosées.

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Empreintes
par frottis.
Léonard
de Vinci suggérait déjà de regarder
un vieux mur, des irrégularités dans
un pavé ou des formes dans les nuages pour
y voir apparaître des visages, des paysages
ou tout autre sujet. Ces formes "abstraites"
servent alors de catalyseur à l'imagination.
C'est notre cerveau qui y projette un contenu qui
ne s'y trouve pas. Et chacun pourra voir dans le même
nuage des sujets différents. Ce principe de
"projection" a beaucoup été
utilisé par les surréalistes. Lui aussi
demande un lâcher-prise de la pensée.
Notre cerveau est dans un premier temps récepteur,
il considère les taches et les laisse résonner
en lui, ensuite il devient émetteur en les
interprétant selon un contenu qui lui est propre.
Max
Ernst parmi d'autres, a utilisé ce procédé.
Contemplant les lames d'un parquet de pin, il a perçu
dans les lignes et dans les noeuds du bois des éléments
qui lui ont suggéré des paysages. Il
a "décalqué" les formes qui
lui convenaient en y déposant une feuille de
papier fin et en hachurant le dos avec la mine d'un
crayon. Les empreintes ainsi obtenues deviennent autre
chose qu'un simple relief dans
le bois. Voir exemple ci-contre. Le fil du
bois devient un jeu de sillons dans le sol, un noeud
devient un arbre étrange abritant un oeil au
milieu de son feuillage.
Comme
dans l'exemple du collage, ce travail peut être
un préliminaire à une transposition
à l'huile sur toile.
Notons
que les matières décalquables sont innombrables
autour de nous. Il peut être amusant de les repérer
en scrutant tous les recoins de la maison et de les
révéler par le procédé du
frottis au crayon sur papier fin (bien serrer les hachures
!). Voir tout ce qui est bois, tapisseries, revêtements
plastifiés granuleux ou lignés, etc. |

Max
Ernst - Histoire naturelle: la pampa.
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Quelques
pistes pour trouver des idées.
En
principe, la difficulté d'un artiste de l'imaginaire
n'est pas de trouver des idées, mais bien de trouver
le temps pour les réaliser. Acceptons toutefois l'éventualité
bien improbable qu'il puisse un jour tomber en panne d'inspiration,
il lui reste alors la possibilité de guider méthodiquement
son imagination pour faire quelques pas dans les territoires
infinis de la création. Comment ? En se référant
à tous les modes de transformation de la réalité
adoptés par l'art fantastique. A titre d'exemple,
faisons ensemble un petit "brainstorming" et imaginons
que l'artiste en panne d'inspiration, c'est VOUS !
1ère
étape - Vous allez regarder autour de vous et
choisir un sujet que vous affectionnez, que vous connaissez
bien, qui est à portée de votre main ou à
défaut, à propos duquel vous possédez
une bonne documentation. Ce sujet peut être un animal,
un objet domestique, un bâtiment, un personnage, etc.
Notons
que le sujet en soi peut déjà présenter
un aspect original ou inattendu. Choisir un chaton angora
ou une mante religieuse ne crée pas le même
impact chez le spectateur (le "regardeur" ainsi
qu'ont néologé les "acteurs de l'art"
contemporain). On évitera donc les sujets usés,
et surtout les façons banales de les traiter.
Supposons
que votre regard se soit arrêté sur un coquillage,
celui qui traînait
sur une étagère depuis des années et
que vous aviez perdu l'habitude de contempler. Vous décidez
de le choisir, sans savoir ce que vous allez en tirer, mais
en entretenant un état d'esprit confiant devant toutes
les idées que cet objet va faire naître en
vous grâce à la conduite méthodique
de votre imagination. Cet objet va devenir le centre de
votre attention et de votre pouvoir créatif. La question
est donc: que faire de cet objet pour réaliser une
composition originale et intéressante?

2ème
étape - Nous allons passer en revue divers moyens
pour créer l'inattendu, c'est-à-dire pour
introduire une vision inhabituelle de l'objet et du sens
qu'il va acquérir. nous créerons dans un même
temps un tableau original, fantastique... Laissons-nous
emporter par un bouillonnement d'idées fantaisistes.
a)
- Situons l'objet dans un environnement inhabituel.
Ce ne sera donc pas la mer ni mon étagère,
sauf si... On verra ça plus tard, au point b). Par
contre, je peux le situer là où on ne l'attendrait
pas, par exemple émergeant des glaces du pôle
nord, servant de couvre-chef ou de casque à un personnage,
se baladant avec les nuages dans le ciel ou parmi les espaces
intersidéraux, enfoncé dans un sol lunaire,
etc.
b)
- Donnons une taille inhabituelle à l'objet.
Pour cela, il faudra le comparer à un ou plusieurs
repères dont nous connaissons la grandeur: personnage,
arbre, bâtiment, paysage...
Nous pouvons l'agrandir ou le réduire, mais la réduction
de l'objet ici choisi risque de ne pas être surprenante
du fait qu'il existe de tout petits coquillages de ce type.
Nous allons donc l'agrandir. Notons que pour lui donner
une taille importante, il suffira généralement
de placer la ligne d'horizon très bas, ce qui permmettra
à l'objet de se détacher sur un fond de ciel
ou un autre fond de taille importante: maison, colline,
bouquet d'arbres, etc. Voir le schéma ci-dessous.

Ce mode de création de l'inattendu sera souvent combiné
au procédé vu ci-dessus en a). Imaginons maintenant
différentes compositions où le coquillage
atteindrait une taille gigantesque. Par exemple, faisons-le
émerger à l'horizon de la mer, dépassant
de beaucoup la taille des bateaux, imaginons-le qui domine
les cîmes d'une forêt de feuillus, implantons-le
parmi les hauts bâtiments d'une ville, d'un complexe
industriel et donnons-lui une taille plus grande que celle
des maisons, des entrepôts... Installons-le en travers
d'une autoroute, faisons-lui survoler les montagnes, etc.
|
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Le
tableau ci-contre est de Christensen. L'artiste a donné
à deux personnages une taille inhabituelle tandis
que d'autres ont conservé une taille normale
comparativement aux bâtiments qui les entourent. |
c)
Donnons une fonction inhabituelle à l'objet
ou attribuons-lui un usage qu'il ne possède en principe
pas. Exemples: ce coquillage sert d'abri à une famille
de fauves, il fait office de siège à un couple
d'amoureux ou à madame de Récamier, une source
d'eau vive en jaillit, il devient une embarcation ou tout
autre véhicule, une arme de destruction massive,
etc.
Dans
l'exemple ci-dessous, une oeuvre de Vladimir Kush*, le papillon
a été investi d'une fonction particulière,
remplacer les voiles d'un navire. La substitution n'est
pas totalement gratuite; comme la voile, le papillon évolue
au gré du vent. Le rapprochement de ces deux éléments
engendre une relation poétique qui interroge et perturbe
nos représentations conventionnelles.

*
Des documents Power Point circulent depuis plusieurs années
sur le Net, attribuant de manière fantaisiste ce
tableau de Vladimir Kush ainsi qu'une série d'autres
à Salvador Dali. Dans le même document, on
retrouve étrangement des oeuvres de Jim Warren attribuées
elles aussi au génial peintre surréaliste.
Ceux qui sont à l'origine de cette grossière
erreur ont apparemment beaucoup de mal à établir
une hiérarchie qualitative entre des oeuvres qui
pourtant n'ont pas grand chose de commun si ce n'est d'appartenir
au domaine du fantastique. Si vous avez reçu ce document
Power Point comme je l'ai reçu une bonne dizaine
de fois, rétablissez pour vous-même l'exactitude
de vos références artistiques. C'est aussi
l'occasion de s'interroger sur la fiabilité des informations
qui circulent sur le Net. Entre autres...
d)
Créons une association inhabituelle d'objets.
Associer une barque ou une murène au coquillage choisi
ne relève pas d'un trait imaginatif particulièrement
original. Si on souhaite créer un contexte inattendu,
on choisira donc des objets moins habituels. Quelques exemples
parmi des milliers d'autres: une machine à coudre,
un violon, une statue du Bouddha, une panthère ou
un éléphant, un papilllon (!), un caméléon,
une boîte de haricots en conserve, une scie sauteuse,
etc.
L'association de ces objets amènera le visiteur à
s'interroger sur la relation qui peut exister entre eux.
Il les percevra avec un regard différent. Généralement,
l'artiste choisira des objets qui présentent entre
eux un rapport de forme ou de sens, témoin Magritte
qui met en présence un trombonne, un nuage et un
torse féminin. Une image poétique et signifiante
émergera alors du rapprochement des deux idées.
|
|
Dans
l'oeuvre ci-contre, le peintre Alemany associe un édifice
tel qu'on en rencontre le long des boulevards parisiens,
avec une usine à gaz de mêmes dimensions.
Le rapprochement de ces deux éléments
est saisissant, d'autant plus qu'ils sont peints avec
une grande précision et qu'ils forment un groupe
isolé dans un environnement désertique. |
e)
Changeons la matière de l'objet. Le coquillage
qui est notre exemple peut être imaginé et
peint en une infinité de matières: pierre
volcanique, briques, verre, tissu, or, plâtre, bois
(lequel?), métal, etc.
| Peter
Gric nous donne ci-contre un exemple magistral illustrant
ce principe. Le dessin de l'anatomie féminine
est tout à fait classique, mais la matière
dont est fait le corps, c'est-à-dire des fibres
métalliques, lui donne un aspect inattendu si
ce n'est contadictoire, du fait qu'il y a opposition
entre la froideur du métal et la chaleur de la
chair. |
|
f)
Transformons une de ses parties en une autre.
|
A
suivre ...
|