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LE MATÉRIEL et son utilisation.


Les supports, parfois appelés "projectiles".

Toiles de lin ou de coton, montées sur châssis ou collées sur carton, papiers marouflés sur carton, panneau de bois, aluminium, cuivre, verre... le support doit répondre aux exigences du style, favoriser nos besoins d'expression. Comme écrit Xavier de Langlais: "on ne saurait trop se pénétrer de cette vérité souvent oubliée: le support représente l'ossature du tableau au même titre que la peinture et le vernis final en représentent la chair et la peau". Si au début, alors que beaucoup de terrain reste à défricher, on expérimente un peu au hasard divers supports et matériaux, arrive un moment où nous "sentons" quel type de support s'adaptera au mieux à notre style et à notre technique.

Jusqu'au XVème siècle, le support de la peinture à l'huile était le panneau de bois, il sera peu à peu détrôné par la toile de lin ou de coton, surtout à partir du XVIIIème siècle. Si le bois est plus lourd que la toile il est aussi plus solide. La plupart des tableaux du XIVème et du XVème siècle, peints sur bois, sont dans un meilleur état de conservation que ceux du XVIIIème, du XIXème siècle, peints sur toile. Que dire de beaucoup de créations du XXe et du XXIème siècle ?

Les toiles.

Ceci n'empêche pas une majorité de peintres de travailler sur des toiles montées (marouflées) sur châssis en bois.

Il existe globalement trois types de toiles: toiles de lin, de coton ou mixtes.

- Les toiles de lin sont de meilleure qualité, plus épaisses, plus solides que le coton. Certaines galeries n'en acceptent pas d'autres. Autant le savoir si vous souhaitez être exposé(e) dans une galerie exigeante. Ces toiles sont aussi plus chères.

- Plus fragiles, moins stables, plus cassantes avec le temps, les toiles de coton vieillisent généralement mal, des fissures, des craquelures peuvent apparaître dans l'enduit et donc dans la couche peinte vingt ou trente ans après leur création.

- Les toiles mixtes sont fabriquées avec des fils de coton ou de lin tissés avec des fils de et les peluches polyester. Selon les fabricants, cette association assure l'inertie et la durabilité du produit.

Les toiles, surtout le lin existent en différents grains, du plus brut, proche de l'aspect de la toile de jute, au plus fin voire ultra-fin, plus difficile à trouver. Les toiles granuleuses conviennent bien pour une peinture épaisse, pâteuse, recherchant une matière picturale qui exploitera le relief du tissage et donnera de la matière et de l'énergie à la facture.
Les toiles à grain fin conviennent davantage pour une peinture plus lissée, réaliste, voire hyperréaliste ou en trompe-l'oeil. La matière ne sera plus la matière picturale (traces du pinceau,empâtements...), mais les matières des objets représentés ( cuivre, pulpe de fruit, bois, céramique, etc.).
Comme il n'est pas toujours facile de trouver ce type de toile, il sera possible, si on souhaite travailler sur une toile "lisse", d'effacer le grain sous plusieurs couches de gesso. Plus il y aura de couches, plus le grain sera atténué, jusqu'à ce que la toile acquière la planéité du marbre, ainsi que l'exigent la plupart des peintres du trompe-l'oeil.

Les toiles qu'on rencontre majoritairement dans le commerce sont des toiles à grain moyen.

Les toiles, les panneaux... bruts sont généralement recouverts de trois couches de gesso, cette couche d'enduit blanc destinée à isoler le fond et à recevoir la couche de peinture. Aujourd'hui le gesso est une couleur acrylique micro-poreuse vendue dans les commerces de fournitures artistiques en différentes marques.
Pour préparer soi-même les supports ou pour modifier le grain des toiles, on peu y ajouter quelques couches de cet apprêt. Il arrive que dans certaines marques, la couche de gesso semble trop poreuse pour le travail qu'on veut effectuer, l'huile de la couleur et le médium sont rapidement absorbés et la surface peinte devient rapidement mate. Pour remédier à cet inconvénient, une fine couche de vernis à retoucher fera l'affaire. Elle sera propulsée à la bombre ou étalée au pinceau sur le gesso avant de peindre.

 

Mon procédé


En ce qui me concerne, j'apprécie généralement une toile présentant un grain discret, c'est pourquoi, j'enduis préalablement des toiles de lin blanches à grain moyen avec quatre ou cinq couches de gesso. Voici ma méthode:

1 - Poncer légèrement la toile avec un papier de verre à grain fin pour enlever les petits nœuds et les peluches de tissu.
2 - Peindre une première couche de gesso avec un spalter ou un pinceau large, éventuellement avec un petit rouleau de mousse. Laisser sécher. Poncer légèrement.
3 - Etaler rapidement une deuxième couche de gesso au spalter en peignant dans le sens perpendiculaire à celui de la première couche. Laisser sécher. Poncer légèrement.
4 - Renouveler cette opération jusqu'à obtenir la texture souhaitée, soit en laissant un grain atténué, soit en créant une surface parfaitement lisse (cinq ou sept couches).


Généralement cinq ou six couches, parfois davantage, sont nécessaires si on vise à obtenir une surface parfaitement lisse. La dernière couche sera poncée avec un papier de verre à l'eau ultra fin et lissée avant séchage en caressant doucement la surface avec le gras de la paume de la main. On obtiendra ainsi une surface aussi lisse que celle du marbre...

Remarque: plutôt que d'utiliser le gesso acrylique du commerce, je fabrique parfois mon gesso à la manière des Anciens. Voir recette en bas de page.

 

 

Ci-dessus, une toile à grain moyen. A l'achat elle avait déjà reçu deux couches de gesso blanc, comme la plupart des toiles non écrues. J'ai ajouté trois couches au point de gommer la quasi totalité du grain. Sur la photo on aperçoit un papier de verre noir et un bloc à poncer. Une fois humidifiés, ces deux outils uniformisent en quelques passages les reliefs dans le gesso. Les éventuelles traces de ponçage sont écrasées par un passage léger du gras de la paume.

 

 

On trouve aussi des toiles écrues, non traitées au gesso, mais recouvertes d'un enduit transparent à base de colle, ce qui permet de conserver la coloration et la matière originale du lin. Voir ci-dessous un exemple, d'une petite toile écrue (10 x 10) traitée avec un apprêt de colle.

On voit aussi de plus en plus dans le commerce des châssis chinois. La toile est agraffée à l'arrière et le châssis lui-même a une épaisseur de trois ou quatre centimètres. C'est le genre de toile qu'on accroche sans encadrement (une appréciable économie) et qui peut éventuellement être peinte sur les tranches. Cette formule ne convient évidemment pas à tous les types de peinture.

Remarque importante: une toile achetée est généralement bien tendue sur le châssis, si tel n'est pas le cas, il suffit de la retendre avec les huit ou dix clés (petites pièces de bois triangulaires) fournies lors de l'achat, en les enfonçant dans les rainures d'angles situées à l'arrière. Donner de petits coups de marteau en évitant de tendre exagérément, sous peine de voir le châssis se déformer. On procède pour cela en faisant tourner la toile plusieur fois dans le même sens et en donnant chaque fois des petits coups de marteau.
Pour éviter le relâchement de la toile, il est conseillé de bien la tendre sur le châssis avant de peindre. Certains auteurs préconisent même de désentoiler et de mouiller l'envers de la toile pour la distendre, ensuite de l'agrafer dès qu'elle est à son maximum d'étirement. En séchant elle se rétactera et restera tendue "comme un peau de tambour". Cette opération évitera qu'elle se distende par la suite et prenne des allures de drapeau flottant.

Exemple de toile écrue (10 x 10 cm)


Pour le peintre productif, une formule économique consiste à acheter toile et châssis séparément. La toile se vend au mètre et en rouleaux. Les châssis se vendent à la pièce ou par paires, ce qui permet de donner à son tableau des dimensions personnalisées.
Avant de fixer la toile sur le châssis, bien vérifier l'équerrage de celui-ci.
Actuellement on a tendance à utiliser plutôt l'agrafeuse que les traditionnels clous de tapissier. L'avantage est qu'on peut tendre la toile d'une main et l'agrafer de l'autre. Il existe différentes méthodes pour tendre une toile. Celle qui me donne satisfaction consiste à agrafer le milieu de deux côtés opposés et ensuite, tout en tirant sur la toile, de continuer progressivement et symétriquement vers la gauche et vers la droite de ce milieu jusqu'à arriver aux extrêmités. On procède ensuite de la même manière avec les deux autres côtés.
Il existe pour ce faire des pinces spéciales à large bec, mais un travail soigneux à la main est tout aussi efficace.

A gauche, un agrafeuse-pistolet, à droite, un pince à entoiler.

 


Les panneaux en bois.

Les panneaux de bois ont longtemps servi de support, avant que la toile ne vienne les détrôner. Toutefois, de nombreux artistes y reviennent, les appréciant pour la solidité et la stabilité qu'une toile ne garantit pas de la même manière. Il suffit de voir les tableaux du 15e ou du 16e siècle pour constater la durabilité de ce type de support et de les comparer par exemple à des toiles du XVIIIe siècle.

Il est difficile aujourd'hui de trouver de bons panneaux traditionnels: peuplier, tilleul, chêne... mais divers panneaux modernes d'aggloméré peuvent constituer d'excellents supports vu leur quasi inertie: contreplaqués, isorel, mdf... En principe ils seront recouverts de quelques couches d'apprêt qui les rendront aptes à recevoir la peinture. L'apprêt traditionnel est le gesso mentionné ci-dessus, c'est-à-dire une couleur acrylique blanche couvrante, autrefois un enduit composé de colle de peau (colle Totin) et de blanc de Meudon (craie). Voir recette ci-dessous.
Il existe également des enduits pâteux (modeling paste) ou texturés, dans lesquels le fabricant à incorporé du mica, de la poudre de marbre, du sable,etc.
Chaque peintre pourra charger lui-même le gesso ou le modeling paste avec du sable de rivière, de la sciure (de préférence ne contenant pas résine ni de tanin pour éviter les réactions avec le liant ou le médium) ou de tout autre matériau composé de particules plus ou moins fines ou plus ou moins grossières. À tester, à risquer...

L'enduit peut être directement étalé sur le panneau ou sur une toile qu'on y aura préalablement collée, opération qu'on appelle le marouflage. En principe, trois couches de gesso forment un apprêt efficace.
Comme détaillé ci-dessus, une toile déjà traitée par le fabricant peut également être peinte au gesso si on veut en atténuer le grain. Plus on mettra de couches, moins le grain sera apparent.
Si on colle un tissu sur un support, il est nécessaire que celui-ci soit en fibres naturelles. Un tissu synthétique accrochera moins bien le gesso.


Le gesso étalé à la brosse ou le modeling paste permettent aussi de texturer le support en y créant différents types de reliefs (voir exemples dans la rubrique "matières pâteuses"). Le premier donnera des textures plus discrètes, le second autorisera la création de reliefs accentués (attention à l'effet kitsch !).

Un panneau de 6 mm d'épaisseur conviendra pour travailler dans des formats inférieurs à 80 cm. Au-delà, il faudra le consolider à l'arrière en y collant des lattes de bois (contre-lattis), sous peine de voir le panneau s'incurver sous l'effet de la rétraction du gesso et de la couche de peinture. Dans tous les cas il est conseillé d'enduire les deux faces avec le gesso, afin que le verso compense les tensions du recto.

Les supports en verre, en métal, etc. constituent des cas particuliers hors des intérêts de la large majorité des artistes et n'entreront pas dans les aspects ici présentés.
Mentionnons toutefois le support papier, papier dessin, aquarelle, etc. Il sera moins fragile s'il est préalablement collé sur un support plus rigide que lui: carton fort, panneau d'isorel, mdf, etc. Le papier peut être peint tel quel ou préalablement recouvert de gesso pour qu'il soit moins absorbant.

Notons enfin qu'un panneau présente un gros avantage sur la toile, c'est qu'il peut être coupé en cas de révision nécessaire de la composition ou pour être adapté à des formats hors standard, comme l'ovale ci-dessous.

 

 

A gauche , le document montre un panneau de MDF traité au gesso:
1 MDF brut.
2 + une couche de gesso blanc.
3 + deux couches de gesso blanc.

4 + trois couches de gesso blanc. Le panneau peut être peint.
5 + deux couches de gesso gris, l'imprimeure ou l'imprimature.

A droite, un panneau de gesso traité en gris, découpé à la scie sauteuse pour être intégré dans un cadre ovale acheté à la brocante. Difficile à réaliser avec une toile.

 

 

L'imprimature ou imprimeure...

Il s'agit d'un enduit coloré destiné à diminuer l'absorbtion de la couche d'apprêt et de permettre une aproche plus perceptible des jeux d'ombres et de lumières.
Il peut être réalisé avec des pigments dilués, une couleur acrylique ou de l'huile, etc.

Les pigments en poudre peuvent être incorporés à la dernière couche de gesso ou parsemés sur elle avant qu'elle ne sèche. Le pigment est alors étalé au pinceau souple, ce qui confère un bel aspect texturé au fond.

 

 

Travailler sur un fond coloré, par exemple en ocre rouge, en gris... (imprimature) présente un appréciable avantage par rapport au fond blanc, les valeurs claires apparaissent aussitôt comme des lumières. Sur un fond blanc, le blanc de la toile sera toujours plus clair que n'importe quelle couleur claire, ce qui empêchera celle-ci de rayonner avec tout son éclat et de révéler au peintre la sensation de lumière qu'il essaye de lui donner.

L'exemple ci-contre présente une petite toile de 30 x 24 cm préparée avec une couche de modeling paste, deux couches de gesso blanc et deux couches de gesso acrylique gris moyen. L'ébauche a été réalisée avec du blanc de titane et du gris de Payne + du sépia pour quelques plans plus rapprochés.
Si le même blanc avait été posé sur une toile blanche, il va de soi qu'il aurait été à peine perceptible.

 

L'imprimature peut être réalisé avec différentes nuances, la plupart du temps avec des ocres: jaune, or, orangé, rouge, brun...

 

 

 

Le "vrai" gesso

Il peut être utile ici de renseigner la manière de fabriquer le gesso véritable, celui utilisé par les "primitifs", les peintres de la Renaissance, par les icônographes, etc. Précisons d'emblée que l'opération n'est guère compliquée, il suffit de disposer des ingrédients nécessaires, lesquels se trouvent facilement en magasins de fournitures artistiques. De nombreuses variantes existent, avec addition de l'un ou l'autre produit aux composants de base: alun, lithopone, argile, miel, glycérine, pigment blanc (titane) ou coloré, etc.

IMPORTANT: cette recette est destinée à enduire un support rigide. Sur toile (souple) ce gesso (rigide) risquerait de "casser", présentant des craquelures et des fissures causées par la souplesse et la rétractabilité du tissu; le risque sera diminué si on a la prudence de superposer des couches fines qu'on laissera chaque fois sécher convenablement.

Ingrédients:
- colle Totin ou colle de peau de lapin, vendue en paillettes, en plaquettes ou en poudre.
- blanc de Meudon, blanc de Bologne ou craie blanche.

- une marmite + de l'eau. Un second récipient plus grand pouvant contenir la marmite.

Procédé:
- 1) Préparation de la colle. Faire tremper dans de l'eau froide contenue dans une marmite environ 1/12e de colle de peau (poudre, plaques ou paillettes) dans 11/12e d'eau pendant quelques heures jusqu'à ce que le mélange soit devenu parfaitement homogène, ce qui demandera environ une journée pour la colle en plaquettes ou en paillettes. Le délai peut être nettement abrégé si la colle est en poudre finement broyée.
Faire chauffer doucement quelques minutes au bain-marie. On obtient une colle qui peut être utilisée pour traiter une toile écrue ou maroufler du tissu sur du bois, une toile fine sur une plus épaisse, etc.
Cette colle peut être utilisée comme première couche sur un support brut, elle permettra à l'enduit de bien accrocher.

- 2) Réalisation de l'enduit. Dans la préparation précédente, avant de chauffer, ajouter progressivement environ 1/7e de blanc de Meudon tout en remuant, jusqu'à obtenir une consistance légèrement pâteuse. S'il y avait trop de blanc de Meudon et si la pâte était trop épaisse, la couche risquerait de craqueler.

- Faire chauffer quelques minutes la marmite au bain-marie, sur le gaz ou une plaque électrique à environ 40°, sans faire bouillir ! Le gesso est prêt .

Cette préparation sera étalée sur le support au pinceau et à chaud. Elle deviendra gélatineuse en refroidissant dans le récipient, mais solide sur le support, tout en étant facile à poncer.
Une deuxième couche pourra être posée dès que la première sera sèche, pour cela, mettre à nouveau la préparation à chauffer au bain-marie.
Pour obtenir une belle surface lisse et couvrante, plusieurs couches seront peut-être nécessaires. Il sera utile de les poncer si on souhaite qu'elles soient parfaitement lisses. Un papier de verre ultra fin fera l'affaire ou mieux, une "souris" en pierre ponce, légèrement humidifiée. On la passera sur le support en traçant des petits cercles. Ensuite, on égalisera les traces en caressant aussitôt la surface avec le gras de la main.

Note: ce gesso ne se conserve pas plus d'un jour ou deux, après ce délai il commencera à pourrir.
Lors de la chauffe, une odeur "naturelle" émane, certaines personnes ne l'apprécient pas alors qu'elle fait partie de l'alchimie du peintre. Prévoir une ventilation suffisante.

IMPORTANT: cette surface est fort absorbante, selon la proportion de colle; elle engloutira rapidement l'huile de la pâte colorée qui deviendra mate. Si on souhaite conserver son côté brillant à la surface peinte, on pourra "brunir" (= lustrer) patiemment la surface avec une agathe, en vente dans les magasins spécialisés, ou la recouvrir préalablement avec une couche de médium résineux, de vernis, de médium alkyde fluide, etc. dilué dans une e l'essence. A bien laisser sécher avant de peindre.

Si on prépare un panneau rigide avec de l'enduit, il est conseillé de traiter préalablement le verso. Le panneau se déformera peut-être, mais il sera rééquilibré lors de la préparation du recto.

 

 

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